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THE SHAMELESS


Affiche de The Shameless de Konstantin Bojanov.

Réalisateur. Konstantin Bojanov

Année de sortie. 2024

Genre. Drame

Origine. Suisse, France, Bulgarie, Taiwan

Durée. 115 minutes

Ma note. 11/20


Synopsis : Dans la nuit, Nadira fuit Dehli après avoir poignardé un policier. Elle se cache dans une communauté de prostituées du nord de l’Inde où elle rencontre Devika, une jeune fille que sa mère veut marier de force. Ensemble, au péril de leur vie, elles décident de se rebeller contre l’institution religieuse et les traditions archaïques pour conquérir leur liberté. (source : AlloCiné)





Troisième fiction de son auteur, The Shameless s’attaque au patriarcat et aux traditions de la société indienne. Avec bien peu d’espoir.


Dès les premières minutes, le ton est donné : un plan sur un couteau ensanglanté, suivi de l’image d’un corps inerte affalé sur un lit. Renuka (Anasuya Sengupta), une prostituée de Delhi, vient de commettre le meurtre. Sans plus d’explications, le film nous entraîne dans sa fuite vers le nord du pays, où elle trouve refuge dans une communauté de travailleuses du sexe. Elle y fait la rencontre de Devika (Omara), une jeune fille de 17 ans, promise à un destin tragique. Entre elles, et contre toute fatalité, un amour fragile et interdit naît, comme une ultime tentative de résistance face à un monde qui ne leur laisse aucune issue.

The Shameless de Konstantin Bojanov.

Une lueur d’espoir dans la pénombre du quotidien. © First Hand




Noir c'est noir


Si le métrage emprunte les codes du thriller, on aurait pu espérer que sa dimension romantique offre une bouffée d’air dans ce marasme ambiant. La volonté de Devika de s’échapper, d’une manière ou d’une autre, est parfaitement compréhensible. On perçoit aisément pourquoi elle est attirée par l’élan libertaire de Renuka, figure de révolte et de transgression à ses yeux. Mais en précipitant leur rencontre, le film peine à rendre leur relation pleinement palpable. L’histoire d’amour qui aurait pu adoucir cette plongée en enfer reste en surface, nous empêchant d’en ressentir toute la délicatesse. Ce qui subsiste alors est une noirceur absolue. Drogue, prostitution, abus en tout genre, maladie, avortement clandestin… La cruauté qui s’abat sur ces deux héroïnes est d’une brutalité ininterrompue, sans aucun répit.


On est alors à se demander ce que cette accumulation de violence vise à nous raconter. Les manipulations sociétales et politiques étant trop cantonnées à l’arrière-plan du récit pour devenir le sujet du film. Malgré la performance impressionnante des actrices principales et une mise en scène soignée, on est aux antipodes de All We Imagine As Light, qui abordait lui aussi la condition féminine en Inde, mais avec une tendresse salvatrice. Ici, il ne reste rien, si ce n’est une fatalité écrasante. The Shameless laisse alors un goût amer. Un sentiment d’impuissance que les dernières images — esquisse d’un semblant de libre arbitre pour Devika — ne parviennent pas à dissiper.

The Shameless de Konstantin Bojanov.

Une relation contre vents et marées. © First Hand



Article paru le 10 avril 2025 dans le n°939 de Ciné-Feuilles.

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