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COSMOS

Dernière mise à jour : 19 juin


Affiche de Cosmos de Germinal Roaux.

Réalisateur. Germinal Roaux

Année de sortie. 2024

Genre. Drame

Origine. Suisse, France, Mexique

Durée. 150 minutes

Ma note. 16/20


Synopsis : Dans un village oublié du Yucatan, Leon, gardien maya des secrets de la nature et des esprits, va être chassé de ses terres. Son chemin croise celui de Lena, riche femme de lettres récemment arrivée de Mexico. Malgré leurs différences, une connexion profonde se forme entre eux.

(source : AlloCiné)







Dans son nouveau long-métrage, Germinal Roaux fait se rencontrer deux âmes solitaires que tout semble opposer. À travers les épreuves qui jalonnent leurs existences respectives, elles finiront pas se lier d’amitié. Formellement à couper le souffle, Cosmos aborde la nature, la solitude et la mort avec une remarquable justesse.


Dans un petit village du Yucatán, le hasard fait se croiser Leon (bouleversant Andres Catzin), un Indien maya, et Lena (magnifique Angela Molina), une veuve esseulée. Malgré le fossé social qui les sépare, ils vont tisser des liens inattendus. Mais avant cela, le film prend le temps de nous immerger tour à tour dans leur quotidien respectif. Leon s’occupe de ses poules et de sa modeste maison, tandis que Lena erre dans son vaste manoir silencieux, accompagnée de Bruno, son chien. Leur première rencontre passe presque inaperçue. Au terme d’un long travelling avant, ils se croisent dans une pharmacie. Elle vient chercher ses médicaments ; lui soigner une infection à l’oreille. La véritable rencontre, celle qui fera basculer le récit, n’aura lieu qu’au bout d’une heure de métrage.

Angela Molina dans Cosmos de Germinal Roaux.

Magnifique Angela Molina dans le rôle de Lena. © Sister Distribution




Amor


Lena sait que ses jours sont comptés. Angela Molina l’incarne avec une douceur et une dignité bouleversantes. Pourtant, c’est peut-être Andres Catzin qui impressionne le plus. Découvert quelques semaines avant le tournage, l’acteur non professionnel crève littéralement l’écran. Anecdote ajoutant un supplément d’âme : né dans une famille paysanne au cœur de la jungle, il n’avait jamais vu de film avant de jouer dans celui-ci. Son influence sur l’œuvre dépasse d’ailleurs largement son interprétation. La première version du scénario comptait quelque 125 pages très dialoguées. Les difficultés de l’acteur à mémoriser et incarner les textes ont contraint Germinal Roaux à les réécrire et transformer le projet. Épuré de ses mots, le long-métrage gagne en puissance. Les intentions deviennent implicites, les regards remplacent les discours, et chaque parole prononcée acquiert un poids particulier. Lorsque Leon s’exprime, sa voix résonne avec une force d’autant plus grande.


Ce qui frappe d’emblée dans Cosmos, c’est son rythme, à la fois posé et parfaitement maîtrisé. Dans un noir et blanc étrangement lumineux, sublimé par un format 1:33 déjà utilisé dans Fortuna, le précédent film du cinéaste, l’œuvre se déploie comme un rêve éveillé. Le regard est constamment attiré vers l’extérieur, à travers de multiples cadres dans le cadre, portes et fenêtres que l’on ouvre et referme sans cesse. Lors de son avant-première, plusieurs personnes du public évoquaient la capacité du long-métrage à « filmer le vent ». La formule est belle et particulièrement juste. Car Cosmos développe une sensorialité rare, une faculté à rendre visible l’invisible. Et notamment la mort. Cette dernière habite l’œuvre dès ses premiers plans. De retour chez lui, Leon découvre un crâne posé sur un pieu devant sa maison. Sans plus d’explication, il le prend et le ramène à l’intérieur. Un geste simple qui annonce déjà le rapport singulier que le personnage principal entretient avec sa propre finitude, mais aussi celle des autres.

Andres Catzin dans Cosmos de Germinal Roaux.

To be (alive) or no to be. © Sister Distribution




À mort


Avec Cosmos, Germinal Roaux confie avoir voulu se réconcilier avec sa propre peur de la mort. Pour explorer cette question universelle, il imagine deux personnages aux rapports radicalement différents à l’existence. Sur le papier, tout les oppose. Pourtant, leurs trajectoires se rejoignent constamment. Tous deux luttent contre une réalité qu’ils ne peuvent changer. Leon voit sa maison menacée par la construction d’une nouvelle route. Lena affronte la maladie qui la consume peu à peu. Tous deux sont également marqués par la perte d’un proche (un frère, un mari). Une absence qui nourrit leur solitude et les relie. Mais leurs chemins divergent néanmoins. Ancienne professeure d’université, Lena a consacré sa vie à comprendre le monde. Pourtant, face à l’inéluctable, toute sa connaissance semble impuissante. Dans son immense demeure devenue presque vide, elle apparaît désarmée. Leon, au contraire, se trouve confronté à une violence profondément humaine : l’effacement de son territoire et de son mode de vie. Mais sa richesse spirituelle lui permet d’appréhender la finitude avec une sérénité qui échappe à Lena.


Rarement un film aura su parler de la mort avec autant de délicatesse, sans jamais céder au didactisme ni au pathos. Cosmos nous invite à accepter ce qui nous dépasse. Et si, à l’instar de Wim Wenders — dont une citation orne l’affiche du long-métrage — vous souhaitez être « émerveillé comme rarement », alors précipitez-vous sur cette œuvre magnifique.

Cosmos de Germinal Roaux.

© Sister Distribution


Article paru le 11 juin 2026 dans le n°953 de Ciné-Feuilles.

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