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BACKROOMS


Affiche de Backrooms de Kane Parsons.

Réalisateur. Kane Parsons

Année de sortie. 2026

Genre. Horreur, Thriller

Origine. États-Unis

Durée. 110 minutes

Ma note. 14/20


Synopsis : Une étrange porte apparaît dans le sous-sol d’un magasin de meubles. (source : AlloCiné)












Issue de la web-série éponyme diffusée sur YouTube et devenue virale, Backrooms était attendu au tournant. Le résultat offre une expérience singulière dont l’atmosphère risque de dérouter.

 

Pour comprendre ce que représente Backrooms, il faut revenir à ses origines. En 2019, une mystérieuse photographie circule sur internet, notamment sur le forum 4chan. En apparence anodine, elle montre une pièce vide aux murs jaunâtres, dont l’étrangeté donne l’impression qu’elle appartient à une dimension parallèle. De cette image naît une légende urbaine (une creepypasta) : celle des backrooms (littéralement les arrière-salles), associées à l’esthétique des espaces liminaires. Ces lieux déserts, infinis, abandonnés, à la fois familiers et profondément inquiétants, deviennent rapidement un phénomène à part entière. En 2022, le YouTubeur Kane Parsons, alors âgé de 16 ans, réalise un court-métrage inspiré du concept. La vidéo cumule plus de 20 millions de vues et contribue à populariser l’univers des backrooms. Le vidéaste prolongera l’expérience avec une web-série de 22 épisodes totalisant 216 millions de vues. Quatre ans plus tard, l’adaptation cinématographique voit le jour.

 Chiwetel Ejiofor dans Backrooms de Kane Parsons.

À la découverte des espaces liminaires. © Courtesy of A24




Atmosphère ! Atmosphère !


Au début des années 1990, Clark (Chiwetel Ejiofor), propriétaire d’un magasin de meubles récemment séparé de sa femme, traverse une crise existentielle. Son rêve de devenir architecte s’éloigne tandis que son commerce est au bord de la faillite. Il entame une thérapie auprès de la docteure Mary Kline (Renate Reinsve), elle-même hantée par son passé. Lorsqu’il découvre dans le sous-sol de sa boutique un étrange passage menant vers un monde déroutant, Clark s’y engouffre. Bientôt suivi par Mary.

 

Plus que par son scénario, relativement classique, Backrooms séduit par l’atmosphère qu’il parvient à instaurer. Fidèle à la mythologie dont il est issu, le malaise naît avant tout des environnements liminaires qu’il met en scène. Une expérience sensorielle qui repose sur le travail du son, du cadrage, de la musique et d’un éclairage blafard et vacillant. Moins frontal que le récent Obsession de Curry Barker lui aussi vidéaste d’internet auréolé d’un beau succès — Backrooms préfère explorer les peurs les plus enfouies de ses protagonistes, et par extension celles de son public. Le film sonde leur solitude et les confronte à un monde qui, plutôt que d’être hermétique au nôtre, s’y raccroche continuellement. Aussi labyrinthiques soient-elles, les backrooms ne constituent pas une prison : il appartient aux personnages d’y pénétrer ou d’en sortir. Pour reprendre les mots de Kane Parsons, elles sont « une tumeur greffée à même la réalité ». Et c’est précisément là que réside la force du long-métrage. À travers ces espaces aux allures inhumaines, l’œuvre dialogue sans cesse avec le monde ordinaire, brouillant les frontières entre étrangeté et normalité. En s’y aventurant, Clark comme Mary se retrouvent confrontés à leur solitude, mais aussi à leurs propres démons. Lorsqu’ils parviennent à regagner le « monde réel », celui-ci ne se révèle guère plus rassurant. L’excellente idée de faire évoluer Clark dans un magasin de meubles entièrement vide en est l’illustration parfaite.

Des salles arrières du magasin de Clark, aux arrières-salles de son sous sol.

© Asterios Moutsokapas


Alors oui, le film bégaie de temps à autre et ne réussit pas toujours à maintenir son équilibre visuel et narratif. Mais ces quelques égarements importent peu tant les images qu’il déploie marquent durablement l’esprit. À seulement 20 ans, Kane Parsons — plus jeune réalisateur de l’histoire d’A24 — signe, avec un budget de dix millions de dollars, un premier long métrage ambitieux et remarquablement maîtrisé. Une œuvre qui saura séduire les initiés tout en restant suffisamment accessible pour celles et ceux qui découvrent pour la première fois l’univers des espaces liminaires.

Renate Reinsve dans Backrooms de Kane Parsons.

Un fois la porte franchie, Mary n’est que l’ombre d’elle même. © Courtesy of A24


Article paru le 9 juillet 2026 dans le n°954 de Ciné-Feuilles.

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