L’AMOUR QU’IL NOUS RESTE
- Marvin Ancian

- 18 déc. 2025
- 3 min de lecture

Réalisatrice. Hlynur Pálmason
Année de sortie. 2025
Genre. Drame
Origine.
Islande, Suède, France, Danemark
Durée. 109 minutes
Ma note. 16/20
Synopsis : La trajectoire intime d’une famille dont les parents se séparent. En l’espace d’une année, entre légèreté de l’instant et profondeur des sentiments, se tisse un portrait doux-amer de l’amour, traversé de fragments tendres, joyeux, parfois mélancoliques. Un regard sensible sur la beauté discrète du quotidien et le flot des souvenirs qui s’égrènent au rythme des saisons. (source : AlloCiné)
Après le somptueux Godland sorti en 2022, Hlynur Pálmason signe son quatrième long-métrage et s’attache cette fois à l’intimité d’une famille qui évolue au fil des saisons. Superbe !
De la multitude d’images fascinantes qui compose le film, l’une s’impose d’emblée : un toit arraché donnant l’impression de s’envoler dans les airs. C’est l’atelier d’Anna, une artiste qui peine à joindre les deux bouts sur le point de réaliser l’une de ses œuvres majeures. Son mari Magnus, quant à lui, passe la grande partie de l’année en mer, sur un chalutier. Lorsqu’il retrouve la terre ferme, le couple et leurs trois enfants (ceux de du cinéaste dans la vie) semblent vivre des moments idylliques. Mais les apparences sont trompeuses.

Randonnée familiale aux apparences trompeuses. © Hlynur Pálmason
Nid douillet
Réflexion induite par le titre du film, l’amour qu’il leur reste s’effrite. Les longues absences de Magnus fragilisent le lien familial, au point qu’Anna envisage la séparation. Au fil d’une année s’égrènent les situations du quotidien. Les saisons s’écoulent sous nos yeux, et avec lui vacille la stabilité de la famille. Pour autant, Pálmason ne signe pas une tragédie. Bien au contraire. L’Amour qu’il nous reste adopte une tonalité douce-amère, refusant le scandale ou les coups d’éclat. À l’image des œuvres d’Anna — des pièces métalliques qu’elle laisse rouiller sur des draps blancs pour les imprégner de motifs —, le temps imprime sa marque, sur le paysage, mais surtout sur les relations. Le récit se concentre sur les petites choses, sur la création de souvenirs malgré les aléas de la vie : une randonnée en famille, le toilettage du chien, une cueillette de baies… Certains pourraient n’y voir qu’une succession d’instantanés anodins, sans grand intérêt. Et pourtant, la beauté des cadres et la sensibilité du propos fascinent. Simple, certes, mais loin d’être simpliste.
En 2022, Hlynur Pálmason filmait déjà sa progéniture pendant un an et demi dans une cabane perchée dans un arbre, expérience dont est né le court-métrage Nest. L’Amour qu’il nous reste en est le prolongement, et la réponse à la question de ce que faisaient les parents, hors champ, pendant ce temps. Du court initial subsistent les enfants, désormais occupés à fabriquer un mannequin de chevalière qui finit par prendre vie. Car s’il s’ancre dans le réel, le film s’autorise aussi des échappées vers le fantastique : un coq sauvagement tué revient d’entre les morts pour se venger ; ou encore l’avion d’un galeriste imbu et malhonnête s’écrase comme juste retour de bâton.

Il n’y a pas que les poissons qui se séparent. © Hlynur Pálmason
Difficile de faire simple
Après le grandiose Godland, Pálmason offre une œuvre plus intime. Présenté à Cannes Première cette année et futur représentant de l’Islande aux Oscars 2026, le long-métrage est revendiqué par son auteur comme son plus personnel : ses enfants, son chien, ses œuvres d’art y constituent la matière même. Avec sa volonté « d’aller vers quelque chose de plus simple et modeste », avec une caméra, un trépied et presque aucun éclairage — la lumière naturelle islandaise se suffisant à elle-même —, le cinéaste propose une expérience en apparence anodine, mais d’une beauté époustouflante, tant visuelle que narrative. Un film où, comme l’indique sa bande-annonce, « il n’y a pas de membres d’extrême droite ni de meurtrier. Seulement des gens normaux avec des sentiments et des problèmes normaux. » Ce qui est largement assez pour en faire une œuvre majeure !

Anna, mère de famille et artiste haute perchée. © Hlynur Pálmason
Article paru le 18 décembre 2025 dans le n°947 de Ciné-Feuilles.



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