KONTINENTAL 25
- Marvin Ancian

- 16 oct. 2025
- 2 min de lecture

Réalisateur. Radu Jude
Année de sortie. 2025
Genre. Drame
Origine. Roumanie
Durée. 109 minutes
Ma note. 13/20
Synopsis : Orsolya est huissière de justice à Cluj, en Transylvanie. Elle doit un jour expulser un sans-abri qui vit dans le sous-sol d'un immeuble du centre-ville transformé en hôtel de luxe. Un événement inattendu la met brusquement face à ses contradictions. (source : AlloCiné)
Fidèle à sa radicalité, Radu Jude signe avec Kontinental 25 une œuvre dense — quoiqu’âpre et bavarde — qui dissèque la Roumanie contemporaine avec une ironie mordante.
C’est l’histoire d’un SDF qui se suicide à la suite d’une procédure d’expulsion. Ce qui pourrait être un synopsis laconique est en réalité un fait divers que Radu Jude a lu dans la presse. Bouleversé, le cinéaste songe à réaliser une série que HBO Roumanie refuse. Il décide alors d’en faire le point de départ de son nouveau long-métrage, Kontinental 25.
On y suit Orsolya (Eszter Tompa), huissière de justice. Le jour où elle doit expulser Ion (Gabriel Spahiu), un ancien athlète olympique réduit à vivre dans le sous-sol d’un immeuble promis à devenir un hôtel de luxe (et prêt à accueillir des touristes aux dépens de la vie d’un sans-abri), sa vie bascule. Rongée par la culpabilité, elle ressasse sans fin les conséquences de son geste, alors qu’elle n’est qu’un rouage d’un système dont l’huile commence à manquer. Obsédée par ses regrets, elle en oublie presque la tragédie elle-même. Si Jude revendique un film centré sur l’expérience intime de son héroïne, la charge contre la société roumaine est flagrante. Les longs plans fixes où Orsolya discute tour à tour avec son mari, sa mère, une amie, un prêtre ou encore un amant de passage sont autant de tribunes pour tirer à boulets rouges sur une époque en train de perdre la tête. Pour autant, Jude n’en oublie pas son côté caustique et, non sans humour, met en exergue l’incongruité du monde qui l’entoure.

Leçon de zen alcoolisée. © Xenix
Supplément d'œuvre
Le récit s’ancre à Cluj, chef-lieu de Transylvanie, longtemps hongrois avant de devenir roumain à l’issue de la Première Guerre mondiale. Une ville qui se mue alors en un personnage à part entière. Elle se déploie à travers de nombreux plans fixes, tirés de documentaires, qui montrent bâtiments et statues qui ornent ses rues. Comme une gloire passée qui vient se confronter à l’absurdité du racisme et des tensions identitaires qui y règnent aujourd’hui.
Ouvertement inspiré d’Europe 51 de Rossellini, mais aussi de Psychose d’Hitchcock pour ce qui est du scénario (pour lequel il a remporté l’Ours d’argent lors de la dernière Berlinale), Kontinental 25 apparaît moins abouti que N’attendez pas trop de la fin du monde, génial précédent long-métrage du cinéaste. Pour autant, malgré son côté fauché — tourné à l’iPhone en une dizaine de jours, en décors naturels et sans machinerie —, le film confirme la lucidité grinçante de son réalisateur sur un monde en déliquescence.
En attendant son Dracula tragi-comique abordant l’intelligence artificielle, Jude livre ici un supplément d’œuvre en mode mineur qu’il serait néanmoins dommage d’ignorer.

Prêtre moi ta main. © Xenix
Article paru le 16 octobre 2025 dans le n°945 de Ciné-Feuilles.



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