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FANTASTIC MACHINE


Affiche de Fantastic Machine de Axel Danielson et Maximilien Van Aertryck.

Réalisateurs.

Axel Danielson, Maximilien Van Aertryck

Année de sortie. 2023

Genre. Documentaire

Origine. Suède, Danemark

Durée. 88 minutes

Ma note. 14/20


Synopsis : Que se passe-t-il lorsque l’humanité – qui s’est récemment entichée d’elle-même – rencontre un marché libre et débridé de 45 milliards de caméras… De la première caméra à aujourd’hui, les cinéastes anthropologues visuels élargissent leur objectif pour exposer l’obsession de l’humanité pour l’image et ses conséquences sociales.

(source : AlloCiné)





De la camera obscura aux vidéos en direct sur YouTube, Fantastic Machine parcourt le pouvoir des images, et notre rapport à celles-ci, à travers les âges. Sélectionné à Berlin, Sundance ou, en Suisse, à Visions du réel et au FIFF, un documentaire aussi fascinant qu’intéressant.


What a fantastic machine the camera is! Telle est l’exclamation d’Édouard VII lorsqu’il découvrit qu’une invention était capable d’immortaliser son couronnement. Le monarque anglais, alors déjà conscient de la puissance du procédé, engagea Georges Méliès pour réaliser l’enregistrement de la cérémonie… en amont de cette dernière et tourné en studio.


Mais Fantastic Machine s’ouvre d’abord sur la magie de la technique filmique. Un simple trou dans une toile qui offre une représentation de son sujet. Mais une représentation inversée, autant témoin que cause d’un monde qui marche sur la tête. À l’heure ou plus de 45 milliards de caméras sont recensées sur la planète et que le pouvoir des images ne fait plus aucun doute, le documentaire traverse le temps via leurs utilisations les plus sordides, drôles ou dramatiques. De moments du quotidien (une naissance dans une voiture, une dent qu’on arrache), à ceux historiques (les premiers pas sur la lune, les vidéos de propagande d’Al-Qaïda), entrecoupés d’images en tout genre relatant la progression des supports (des premières images montrées à un grand public au contenu YouTube et des réseaux sociaux), en passant par l’introduction de la télévision dans les foyers le film montre l’impact de l’image sur la population.

Souriez, vous êtes filmé.es ! ©Xenix


Si l’on reconnait l’inégalité de certains extraits et quelques enchainements faciles, on reste néanmoins captivé par ce qui nous est montré. À travers une voix off qui, sans trop en faire, appuie ce qui défile sous nos yeux, le documentaire parvient à développer une réflexion sur l’évolution, quantitative comme qualitative, des images qui forment désormais notre quotidien. Face à une Leni Riefenstahl, en 1993, encore extatique devant le film d’une parade nazie qu’elle a réalisé et qu’elle commente sans prendre en compte leur portée ou le contrechamp de photos de presse exposant l’envers du décor d’une marchandisation de la représentation choc, le long-métrage, comme le précise les réalisateurs dans leur note d’intention, pose la question de savoir si ces images aiguisent notre vision du monde ou la brouillent. Alors que l’événementialisation de tout sujet et le temps de cerveau disponible sont des marqueurs de la viabilité des contenus qui pullulent de toute part, Fantastic Machine n’y répond pas, mais fournit un zapping gigantesque qui pousse à la réflexion.



Article paru le 18 septembre 2024 dans le n°929 de Ciné-Feuilles.

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