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VIFFF 2025

Du 22 au 26 octobre dernier, ni la pluie, ni la tempête Benjamin n’ont empêché le Vevey International Funny Film Festival (VIFFF) de faire rire son public dans la bonne ambiance qui lui est propre. Après une édition anniversaire, le festival remettait le couvert pour la 11e fois, en reprenant sa formule sur cinq jours et battant à nouveau son record d’affluence, avec plus de 9 500 spectateur.rices. Retour sur quelques œuvres découvertes, et parfois primées.

Affiche VIFFF 2025.


Le film d’ouverture donne bien souvent le ton d’un festival de cinéma. Et avec The Baltimorons, le VIFFF s’annonçait sous les meilleurs auspices. Une déambulation dans les rues de Baltimore sous forme de comédie romantique piquée d’humour noir. Après s’être cassé une dent la veille de Noël, Cliff (Michael Strassner, également coscénariste) se rend chez Didi, la seule dentiste de garde qu’il parvient à trouver. Lorsque la voiture de Cliff finit à la fourrière, le duo s’embarque dans une épopée douce-amère entre romance et comédie. Inspiré de la vie de Strassner et réalisé par Jay Duplass, le film est porté par l’alchimie de ses deux interprètes et est un premier coup de cœur, dès l’ouverture du festival.


Déambulation toujours avec Animal Totem, premier film en solo du grolandais Benoît Delépine. Entre violence et poésie, le parrain du festival signe une fable engagée qui s’en prend aux grands de ce monde, ainsi qu’aux plus petits qui ne le respecteraient pas. On y suit Darius (Samir Guesmi), costume cravate et valise à roulettes menottée au poignet, qui marche de l’aéroport de Beauvais à La Défense, et semble investi d’une mission précise. En chemin, il rencontre une panoplie de personnages (anarchiste, chasseur, policier, poète,…), tout comme des animaux. Pour rendre compte des paysages traversés, mais aussi pour figurer la vision des différents animaux croisés, Delépine a opté pour un format inédit : une image extrêmement étendue, plus de trois fois plus large que haute. Le rendu, d’abord déroutant, offre des cadres étonnants, notamment grâce au travail du chef opérateur animalier Thomas Labourasse. Mais au-delà de la forme, c’est dans le fond que le réalisateur réussit son essai en solo. Né d’un projet avorté avec Kervern et d’un combat écologique personnel, le film dépasse la farce pour devenir un brulot politique, manquant parfois de finesse, mais terriblement jouissif. La quête de Darius le mène à affronter le patron de Totem Énergie, doublon à peine voilé d’une entreprise bien réelle, incarné par un terrifiant Olivier Rabourdin fanatique de business et de chasse. Jusque’à sa violence finale cathartique, Animal Totem s’impose comme un road movie pédestre atypique à découvrir en attendant que son auteur rejoigne son comparse de toujours pour son prochain projet.


Tout est dans le titre de Vampire Zombies… From Space! foutraque parodie des films d’horreur et de science-fiction des années 50. Le quotidien de la petite ville de Marlow attaquée par une bande de zombies suceurs de sang tout droit venus d’une autre planète. Le résultat vaut surtout pour son aspect déjanté qui ne se refuse rien, des effets pratiques volontairement kitsch à l’humour graveleux des personnages. Mêlez à cela un flic ivrogne, un masturbateur compulsif et Dracula de l’espace et vous obtiendrez une séance de minuit tout à fait à propos. Grisant au début, le délire s’essouffle toutefois et finit par lasser, malgré un final dont l’audace ferait pâlir les publicitaires de cigarettes.

Vampire Zombies… From Space! de Michael Stasko.

Vampire Zombies… From Space! de Michael Stasko. © VIFFF


En 2023, Sébastien Betbeder remportait le Prix du jury des jeunes avec Tout fout le camp, son épopée punk et touchante. De retour au festival, le réalisateur français signe un nouveau film qui oscille entre comédie et drame familial. Dans L’Incroyable femme des neiges (sélectionné dans la catégorie VIFFF Explore), Blanche Gardin incarne Coline Morel, une scientifique de retour du Groenland où elle traquait le qittavoq, le yéti local. Licenciée, en pleine rupture amoureuse, ce retour dans son village jurassien est difficile, mais l’occasion de renouer avec ses frères, Basile et Lolo (respectivement Philippe Katerine et Bastien Bouillon). Elle retrouve aussi Christophe (Laurent Payot), son amour de jeunesse. Replongée dans son passé, et malgré ses sautes d’humeur, Coline va tenter de réparer ce qui peut l’être, d’autant que son état de santé vacille. Grâce aux interprètes, et notamment Blanche Gardin dans un registre comico-dépressif dont elle a le secret, le tempo comique s’installe efficacement dans toute la première partie du long-métrage. Mais, de retour au Groenland où le tournage a réellement eu lieu, le film devient beaucoup plus tragique. Le final, d’une grande beauté, ne manquera pas de faire verser une petite larme.


Autre habitué du festival après avoir présenté son premier long-métrage Grand Paris il y a deux ans, Martin Jauvat était de retour sur la Riviera avec Baise-en-ville. Une œuvre fidèle à l’univers de son auteur déjà découverte à La Semaine de la critique cette année à Cannes. « T’as besoin d’une voiture pour aller travailler. Tu travailles pour rembourser la voiture que tu viens d’acheter. » Ces paroles issues du titre La Terre est ronde d’Orelsan pourraient être le synopsis de ce nouveau long-métrage. En effet, Corentin, 25 ans et surnommé Sprite (Martin Jauvat lui-même), est face au paradoxe de devoir passer le permis pour trouver un emploi, mais de ne pas avoir assez d’argent pour se le payer. C’est alors qu’il entame des cours de conduite avec Marie-Charlotte (Emmanuelle Bercot), une prof d’auto-école aussi attachante que déjantée ; tout en travaillant la nuit dans l’entreprise tenue par Rico (Sébastien Chassagne), spécialisée dans le nettoyage de maisons après des soirées. En ancrant son récit dans un contexte urbain précis (ici la ville de Chelles où il a grandi), Jauvat poursuit sa quête de la compréhension de l’âge adulte avec tendresse et humour. En tant que réalisateur, scénariste et acteur, il signe un film sur l’immobilisme d’un protagoniste en perpétuel mouvement. Baise-en-ville le chahute dans des trajets interminables, tout en le coinçant dans l’univers géographique qu’est la banlieue. Si le décalage au tempo comique est imparable, derrière ses images vives et colorées se cache un vague à l’âme prégnant. Incertain, Sprite — domicilié chez ses parents à la Rue de l’Espérance — évoque à demi-mot sa dépression et dans sa nonchalance laisse transparaitre ses doutes et ses faiblesses. C’est donc dans sa tonalité douce-amère, oscillant entre pure comédie et mélancolie, que Baise-en-ville touche le plus juste. Un lauréat du prix du public amplement mérité !

Baise-en-ville de Martin Jauvat.

Baise-en-ville de Martin Jauvat. © VIFFF


Enfin, récompensé du VIFFF d’Or, Vitrival, premier long-métrage de Noëlle Bastin et Baptiste Bogaert nous immerge au fil des saisons dans le petit village belge du même nom. Lieu d’origine de la réalisatrice, Vitrival est frappé par deux événements sans commune mesure : une série de graffitis obscènes et une vague de suicides. Ces affaires occupent Pierre et Benjamin, deux policiers locaux. Acteurs non professionnels, comme l’ensemble du casting (issu en partie de la famille de Noëlle Bastin), les deux hommes mènent l’enquête en allant à la rencontre des habitants. Leur relation, particulièrement touchante, et la proximité avec la population dépeinte, évite l’écueil d’une moquerie facile de la ruralité. Néanmoins, l’humour reste présent, jusque dans le titre international du long métrage : The Most Beautiful Village in the World (soit le plus beau village du monde). Un regard tendre, taquin et profondément humain.

Vitrival de Noëlle Bastin et Baptiste Bogaert.

Vitrival de Noëlle Bastin et Baptiste Bogaert. © VIFFF



Article paru le 18 décembre 2025 dans le n°947 de Ciné-Feuilles.

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