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GIFF 2025

Dernière mise à jour : 10 juin

Cette édition ouvre une nouvelle décennie pour ce festival tourné vers la création audiovisuelle dans toute sa diversité. Mettant à l’honneur à la fois le cinéma, que les séries ou encore des œuvres de réalités virtuelles, le festival, dont le cœur battant est situé dans la charmante bâtisse du Théâtre Pitoëff, a vu le public défiler en nombre.

Affiche GIFF 2025.


L’inconnu de la Grande Arche (2025, France/Danemark) de Stéphane Demoustier ouvrait cette édition du festival avec l’histoire aussi vraie qu’ubuesque d’Otto von Spreckelsen. Incarné par Claes Bang, cet architecte danois inconnu au bataillon remporta en 1983 le concours international lancé par François Mitterrand pour le projet de la Grande Arche de la Défense. D’abord injoignable, il est finalement arraché à sa paisible vie nordique par le gouvernement français. Une fois à Paris, il se heurte à l’inertie administrative du chantier emblématique de la présidence Mitterrand. Si ce point de départ fascine, von Spreckelsen — d’abord présenté comme un homme simple ayant construit uniquement sa maison et quelques églises —, devient très vite antipathique. Obtus, voire irascible, les séquences qui dépeignent son intransigeance se répètent. Les face-à-face entre l’architecte et le chef d’état, souvent savoureux, ne suffisent pas à dissiper l’ennui qui guette. L’arrivée de la cohabitation (un gouvernement de droite sous un président de gauche) qui remet en question le chantier aurait pu enrichir le film d’un enjeu politique fort, mais intervient trop tard pour sauver une œuvre en demi-teinte.


Beaucoup plus convaincant, Les Enfants vont bien (2025, France) confirme le talent de Nathan Ambrosioni, qui prolonge ici les thématiques abordées dans Toni, en famille. Toujours avec Camille Cottin dans le rôle principal, le cinéaste s’intéresse encore une fois à la maternité tout en se démarquant par sa finesse d’écriture pour évoquer un sujet particulièrement sensible. Suzanne (Juliette Armanet) disparaît du jour au lendemain après une visite impromptue à sa sœur Jeanne (Camille Cottin), lui laissant la charge de ses deux jeunes enfants. Débordée par cette nouvelle responsabilité, Jeanne doit se réinventer, soutenue par Nicole (Monia Chokri), son ex-compagne. Jamais tire-larmes, Ambrosioni livre une œuvre d’une grande justesse, portée par une mise en scène soignée. Inspiré du fait qu’en France, il est légal de disparaître volontairement, le long-métrage choisit de se concentrer sur celles et ceux qui restent. Sans jugement ni pathos, Les Enfants vont bien offre un récit intime, d’une grande maturité, magnifié par un trio d’actrices flamboyant (dont Armanet, malgré peu de scènes, qui pèse tout au long du film par son absence).

Camille COttin dans Les Enfants vont bien de Nathan Ambrosioni.

Les Enfants vont bien de Nathan Ambrosioni. © GIFF


Après plusieurs années passées aux États-Unis, Ali retrouve sa Turquie natale. Installé avec sa femme, il tente de soutenir autant que faire se peut sa mère, physiquement diminuée. À la mort de la matriarche, les soupçons s’accumulent. Aidé de Reza (nom qui associé à celui du protagoniste forme celui du réalisateur, tiens, tiens), un homme mystérieux qu’il vient d’engager comme jardinier, Ali investigue sur le rôle qu’aurait pu jouer son père tyrannique dans le décès. Dans The Things You Kill (2025, Canada/Turquie/France/Pologne), Alireza Khatami signe une histoire de double maléfique, baignée d’une atmosphère lynchéenne. La bascule narrative à mi-parcours déroute avant de déployer toute sa puissance. Après avoir coréalisé Chroniques de Téhéran, le cinéaste affine sa signature avec ce cauchemar éveillé qui tend vers le fantastique tout en ancrant toujours son récit dans la réalité de la violence masculine.


Changement de ton avec The Last Viking (2025, Danemark/Suède) d’Anders Thomas Jensen qui nous entraîne au cœur d’une famille au passé trouble. À sa sortie de prison, Anker retrouve son frère Manfred à qui il avait confié la tâche de cacher dans la maison de leur enfance le butin dérobé 15 ans plus tôt. Fidèle à son style (Les Bouchers verts, Riders of Justice), le réalisateur danois réunit ses acteurs fétiches pour offrir une comédie noire dont il a le secret. Bémol cependant, si l’aspect comique fonctionne parfaitement, c’est du côté de la trame narrative que le long-métrage peine. La multiplication des personnages, des flashbacks peu gracieux et une longueur excessive finissent par diluer le plaisir. Un film qui reste néanmoins un joyeux chaos fort appréciable.

The Things You Kill d'Alireza Khatami.

The Things You Kill d'Alireza Khatami. © GIFF



Article paru le 18 décembre 2025 dans le n°947 de Ciné-Feuilles.

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