ROUGE
- Marvin Ancian

- 8 sept. 2021
- 2 min de lecture

Réalisateur. Farid Bentoumi
Année de sortie. 2021
Genre. Thriller
Origine. France, Belgique
Durée. 88 minutes
Ma note. 15/20
Synopsis : Nour vient d’être embauchée comme infirmière dans l’usine chimique où travaille son père, délégué syndical et pivot de l’entreprise depuis toujours. Alors que l’usine est en plein contrôle sanitaire, une journaliste mène l’enquête sur la gestion des déchets. Les deux jeunes femmes vont peu à peu découvrir que cette usine, pilier de l’économie locale, cache bien des secrets. Entre mensonges sur les rejets polluants, dossiers médicaux trafiqués ou accidents dissimulés, Nour va devoir choisir : se taire ou trahir son père pour faire éclater la vérité. (source : AlloCiné)
«Un thriller écologique haletant», telle est la promesse faite sur l’affiche de Rouge. Si elle est loin d’être mensongère, le film de Farid Bentoumi dépasse ce statut et propose également un message social et politique, qui évite avec brio de tomber dans la caricature moraliste.
Nour (Zita Hanrot) est une jeune infirmière. À la suite d’un drame survenu dans son hôpital, elle décide de rejoindre l’usine chimique dans laquelle travaille son père Slimane (Sami Bouajila) depuis bientôt trente ans. À peine entrée en fonction, elle découvre rapidement que la santé des ouvriers n’est pas suivie comme il faudrait. En même temps, l’entreprise fait face à un contrôle sanitaire pour déterminer si le droit de rejet des déchets peut être prolongé. De son côté, Emma (Céline Sallette), une journaliste indépendante, mène l’enquête sur la véritable nature de ces rejets. Les deux femmes vont s’allier pour apporter les preuves nécessaires et faire éclater la vérité au grand jour.

Nour face à un choix cornélien. © Agora
Dilemme
Un tel pitch pourrait laisser craindre un film qui tombe rapidement dans des clichés manichéens. Ce n’est pas le cas. Rouge offre divers axes de réflexion en présentant les différents points de vue des protagonistes. Chacun est confronté à sa réalité et les dilemmes qu’elle contient. Les ouvriers sont prêts à négliger leur santé pour conserver leur emploi qui représente tout pour eux. Les politiciens savent que l’entreprise est un pilier majeur de l’économie locale et que sa fermeture aurait des conséquences électorales désastreuses. Nour, quant à elle, doit jongler entre son éthique professionnelle et l’amour pour sa famille.
La famille, justement, est un élément clé du long métrage et apporte au récit sa dimension humaine. Entre un beau-frère (également employé de l’usine) trop sûr de lui et son père, Nour fait face au manque d’objectivité de ses proches. Son combat en est d’autant plus ardu, mais sa volonté renforcée. Parviendra-t-elle à aller au bout de sa quête? Le film répond à cette question à travers une intense dernière séquence où le montage alterne entre une soirée de présentation pompeuse et glorifiante de l’entreprise et Nour en pleine action, tentant de prélever des échantillons, preuve ultime de son investigation.

Slimane, le père de Nour. © Agora
Rouge est un long métrage réussi qui entre en résonance avec le contexte actuel de transition écologique et le devoir d’adaptation de l’être humain, seule issue face à une crise de plus en plus tragique. À ce titre, l’un des derniers plans du film - illustrant la transition professionnelle de Slimane - exprime parfaitement cette idée que, malgré les habitudes et la difficulté d’en sortir, le changement est encore possible.
Article paru le 8 septembre 2021 dans le n°862 de Ciné-Feuilles.



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