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NIFFF 2026


Événement incontournable du cœur de l’été, le NIFFF a une nouvelle fois battu des records de fréquentation à l’occasion de sa 25e bougie. Pendant neuf jours, 61 000 festivalières et festivaliers ont arpenté les rues de Neuchâtel pour découvrir 129 films et rencontrer 165 invités. Mais alors, la qualité cinématographique était elle au rendez-vous de cette édition anniversaire ? Éléments de réponse par les membres de Ciné-Feuilles présents sur place.

Affiche NIFFF 2026.



L’entame du festival fut difficile. Sous une chaleur de plomb et dans une salle du Studio étouffante, Deadline (Taiwan/Hong-kong/Royaume-Uni, 2025) de Kimi Chow a eu beaucoup de peine à provoquer le sursaut nécessaire pour lutter contre la torpeur ambiante. Dans un lycée hongkongais, une lettre anonyme sème le chaos à quelques jours des examens : un élève menace de se donner la mort si ceux-ci ne sont pas annulés. De ce point de départ intrigant, le film parvient à captiver dans son premier tiers avant de s’enliser dans un flot de dialogues explicatifs et de tirades pompeuses. Et pourtant, on aurait aimé voir émerger une critique plus acérée d’un système scolaire obsédé par l’excellence. Hélas, plutôt que d’approfondir cette piste, Deadline multiplie les éléments annexes, comme ces mystérieux médicaments que prennent les élèves pour tenir le rythme. Trop long et trop bavard, le long-métrage laisse finalement le spectateur à distance.


L’avantage d’un festival est que l’on peut rapidement passer à autre chose. Changement de salle pour découvrir Nightborn (Finlande/Lituanie/France/Royaume-Uni, 2026) de Hanna Bergholm, film d’ouverture. La climatisation du Théâtre du Passage remet les organismes d’aplomb et permet d’aborder la séance dans de meilleures dispositions. Tout comme la présentation de la réalisatrice, les premières minutes sont prometteuses. Une atmosphère nourrie de folklore scandinave s’établit immédiatement. En pleine forêt finlandaise, Saga et son mari Jon, fraîchement installés après avoir quitté Londres pour fonder une famille, conçoivent leur premier enfant. Sans surprise, celui-ci naîtra avec des caractéristiques pour le moins inquiétantes. Mais là où le métrage échoue, c’est dans la définition de sa propre mythologie. Le nouveau-né oscille entre créature sauvage, vampire, figure du bestiaire nordique et esprit des bois, sans que le film ne choisisse véritablement sa voie. Dès lors, son propos reste flou. Maternité, rapport à la nature, charge mentale, les thématiques abondent, mais ne sont jamais pleinement exploitées. Même la fraîcheur salvatrice de la salle ne suffit plus à maintenir l’intérêt.

Nightborn de Hanna Bergholm au NIFFF.

Nightborn. ©NIFFF


Si les premiers films abordaient leurs sujets avec un certain sérieux, malgré quelques touches d’humour, le ton change radicalement avec Ghost in the Cell (Indonésie/Corée du Sud, 2026) de Joko Anwar. Si l’horreur est bien présente pour cet habitué du NIFFF, c’est surtout l’aspect humoristique qui fait mouche. Un long-métrage généreux qui ne s’embarrasse pas d’un scénario alambiqué. Un détenu incarcéré dans une prison de haute sécurité, une entité démoniaque, des combats et une bonne dose de second degré. La formule fonctionne à merveille. Certes, la mythologie demeure parfois confuse, mais elle n’est qu’un prétexte à une succession de scènes aussi violentes que jubilatoires, notamment lorsque l’entité transforme les corps de ses victimes en véritables œuvres d’art macabres. Et au moment où la mécanique menace de tourner à vide, le film trouve encore les ressources pour se renouveler. Enfin, on respire.


La bagarre ! Encore et toujours. Alors que la veille, l’Open air de la place des Halles s’est mué en fan zone pour assister à l’un des matchs les plus rugueux de la Coupe du monde 2026, les tacles assassins se poursuivent dans les salles obscures. Ceux-là sont en revanche un véritable plaisir. Avec The Furious (Hongkong/Chine/Japon, 2025), Kenji Tanigaki ne fait pas dans la demi-mesure. En associant Wang Wei, immigré muet à la recherche de sa fille, et Navin, journaliste en quête de son épouse disparue, le chorégraphe de Twilight Of The Warriors (présenté au NIFFF en 2024) orchestre des affrontements millimétrés comme on en voit que rarement. Dans la droite lignée des films tel The Raid, le long-métrage enchaîne les scènes de combat qui redoublent d’inventivité. Jusqu’à une apothéose à la maestria hallucinante. Alors que son producteur garantissait « le film d’arts martiaux ultime », The Furious tient largement sa promesse et assène une claque dont la violence s’est ressentie jusque dans les fauteuils neuchâtelois.


Il y aura donc eu quelques bonnes surprises, hélas de courte durée. Ironie du sort, alors que la bagarre subjugue, la poésie déçoit. If I Go Will They Miss Me (États-Unis, 2026) de Walter Thompson-Hernandez ne parvient jamais à atteindre la délicatesse que son synopsis et sa très belle photographie laissent espérer. Entre un père bien souvent absent, une mère qui fait ce qu’elle peut et son incapacité à trouver sa place parmi les autres enfants, le jeune Anthony se réfugie dans son imaginaire. Le résultat ressemble pourtant à un condensé de tous les clichés du cinéma indépendant américain, version Sundance, où le film était présenté en début d’année. Le tout surligné par une bande-son — faite de notes de piano et de violons, omniprésente. Extension du court-métrage du même nom réalisé par le cinéaste en 2022, le long-métrage donne finalement le sentiment qu’il aurait peut-être mieux valu s’en tenir à ce format.

If I Go Will They Miss Me. ©NIFFF


Pour conclure, sans plus d’enthousiasme, quelques lignes sur Mi Amor (France, 2026) de Guillaume Nicloux. Après le naufrage qu’était La Tour (2023), le cinéaste français tente de nous plonger dans l’univers électro des Canaries. Romy, une jeune DJ, part à la recherche de son amie Chloé, disparue lors de leur séjour sur l’île espagnole. Desservi par des dialogues indigents, le récit s’éparpille. Si le passé de l’héroïne se dévoile peu à peu, ce qui lui arrive dans le présent peine à susciter le moindre intérêt. Quant à son avenir, le film lui-même semble ne plus vraiment y croire. La bande-son électro, omniprésente, finit d’épuiser le spectateur. Bref, rien de bien nouveau sous le soleil, aussi espagnol et éclatant soit-il.


Cette édition anniversaire confirme une évidence : la réussite d’un festival dépend autant de la qualité de sa sélection que des choix opérés par chaque spectateur.rice. Cette année, les mauvaises pioches ont malheureusement été nombreuses. Pourtant, plusieurs œuvres semblent avoir marqué les esprits, à commencer par Hen de Nico Scheepers, lauréat du prix H. R. Giger « Narcisse », ou Breeder d’Alex Goyette, récompensé d’une mention spéciale. Sans oublier d’autres films, régulièrement évoqués par les festivalier. ères tout au long de la manifestation. Il ne reste plus qu’à espérer que l’édition 2027 se montre plus fructueuse.


Article paru le 13 août 2026 dans le n°955 de Ciné-Feuilles.

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