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NIFFF 2025

Du 4 au 12 juillet s’est déroulée la 24e édition du NIFFF. Comme à son habitude le festival neuchâtelois a, durant 9 jours, exploré un large panel d’oeuvres (127 au total) issues de 42 pays. Afin d’offrir un aperçu, toutes sélections confondues, de l’événement, les membres de la rédaction de Ciné-Feuilles qui étaient sur place ont répondu à quelques questions.

Affiche NIFFF 2025.


Entrons tout de suite dans le vif du sujet et de manière positive : quel est votre coup de coeur du festival ?


AMANDINE: Mon coup de cœur de cette année a été un des premiers films visionnés lors du festival, qui m’a tout de suite fait forte impression : The Ugly Stepsister d'Emilie Blichfeldt (Norvège/Suède/Pologne/Danemark, 2025). Il s’agit d’une relecture du récit de Cendrillon du point de vue, comme son titre l’indique, de la vilaine belle-sœur, qui va faire tout ce qui est en son pouvoir (et en celui de son chirurgien esthétique) pour devenir belle. Enfin un film qui rend hommage à la noirceur de l’histoire des Grimm en ne lésinant pas sur le body horror ! Les moments gore, qui sont soit filmés frontalement, soit laissés à l’imagination du public, sont très dérangeants et fonctionnent à merveille. Finalement, qui a besoin d’une marraine bonne fée quand on a un hachoir sous la main ?


JULIEN: De mon côté, j’opterai pour Sasyq de Yerden Telemissov (Kazakhstan, 2025) dans lequel un sans-abri se lie d’amitié avec un alien qui se planque dans les toilettes extérieures d’un magasin d’une aire d’autoroute tenue par une vieille femme et sa petite fille. Une proposition absurde et grotesque qui se révèle être particulièrement touchante. À l’instar du gentil E.T. de Spielberg, une véritable amitié naîtra entre les différents personnages, et les liguera contre la police et le politicien autocrate local. Un déroulement inattendu, des ressorts comiques maîtrisés et une fable touchante où les marginalisé·es se rassemblent, s’aiment et se soutiennent. Touchant et terriblement nécessaire.


ALEXANDRE: Reflet dans un diamant mort de Bruno Forzani et Hélène Cattet (Belgique/France/Luxembourg/Italie, 2025). Peu importe les filatures, les espions et les trahisons, le vrai diamant, c’est celui du montage. Et loin d’être brut, c’est sa virtuosité qui surprend. Ça coupe, ça saute, ça ricoche et le film danse sous nos yeux ébahis, happés comme à travers un kaléidoscope. Un instant de flottement ou une seconde d’inattention et le sens se dérobe, mais tant pis, le refrain nous tient.

The Ugly Stepsister d'Emilie Blichfeldt et Reflet dans un diamant mort

de Bruno Forzani et Hélène Cattet. © NIFFF



A contrario, si vous deviez évoquer un coup de gueule ?


MARVIN: Avec ses bons retours cannois (le film était présenté Hors compétition lors d’une Séance de minuit) et son concept fort (inspiré d’un jeu vidéo où il faut tenter de repérer les anomalies d’un couloir de métro pour pouvoir progresser dans les niveaux et ne pas devoir tout recommencer), Exit 8 de Genki Kawamura (Japon, 2025) avait tout pour être une oeuvre originale, divertissante et idéale à une projection au NIFFF. Malheureusement, le résultat extrêmement répétitif illustre parfaitement la phrase « ça aurait fait un très bon court-métrage ». Le genre de film qui durerait une dizaine de minutes si les protagonistes avaient un minimum de jugeote.


AMANDINE: Cloud de Kiyoshi Kurosawa (Japon, 2024) m’a énervée, car il partait sous de bons auspices, pour tout à coup prendre une tournure inattendue dans sa deuxième moitié. C’est quasiment deux films en un, tant la tonalité des deux parties diffère. Cela ne serait pas dérangeant en soi si le récit ne perdait pas son intérêt : il tourne en rond, s’égare et s’éloigne finalement de son message originel : l’infiltration d’Internet dans la vie quotidienne. En effet, en s’intéressant au destin d’un revendeur dont le rêve devient cauchemar après qu’il quitte tout pour se consacrer à son business en ligne, le film avait de quoi être parlant pour les spectateurs d’aujourd’hui. Cependant, il préfère ensuite adopter un ton bourrin et presque écervelé qui ne dit plus rien. Dommage !



Y a-t-il un film que vous attendiez particulièrement, mais qui vous a déçu ?


JULIEN: Il ne s’agit pas d’un film, mais la sélection des courts-métrages helvètes Swiss Shorts de cette année m’a questionnée. Outre des choix d’œuvres particulièrement intrigantes et réussies (A Swiss Odyssey par Florian Rudolph, Yueqi Wu et Kyrylo Alferie et, évidemment, TV Oder Die Ruhestörung An Der Waldbergstrasse par Frederic Siegel), qui présentent, respectivement, une recherche absurde d’aliens au sein d’un village suisse-allemand et une étrange force d’attraction des humains par leur télévision, le reste de la sélection frise l’ennui (Où étais-tu pendant la nuit ? de Maria Luiza Brandao Vaz ; Reading Between the Lines par Jochen Rall), la frustration (Cherubs par Anna Pieri Zuercher et Pietro Zuercher), si ce n’est le déjà-vu festivalier (Matta und Matto par Bianca Caderas et Kerstin Zemp). Un brin agaçant, malgré une variété de genre et de propos.


MARVIN: Après un début de filmographie parfait (de très bons courts-métrages, suivis de Grave en 2016 et du palmé Titane en 2021), dire que le nouveau film de Julia Ducournau était attendu est un euphémisme. Avec Alpha (France/Belgique, 2025), la cinéaste française délaisse quelque peu le body horror viscéral qui était sa marque de fabrique pour un récit familial beaucoup trop gentillet et décousu. Les bonnes idées sont là, mais ne parviennent jamais à tisser une trame avec suffisamment d’enjeux pour nous captiver. Déception personnelle qui ne fait pas l’unanimité à la rédaction de Ciné-Feuilles. Rendez-vous avec l’avis d’Amandine (plus bas) pour vous réconcilier avec le film.

Alpha de Julia Ducournau.

Alpha de Julia Ducournau. © NIFFF



Une oeuvre qui vous a particulièrement touchée ?


U are the universe de Pavlo Ostrikov.
U are the universe de Pavlo Ostrikov. © NIFFF

ALEXANDRE: Ça pourrait être kitsch, parfois ça l’est. Mais ça touche, souvent. U are the universe de Pavlo Ostrikov (Ukraine/Belgique, 2024) croit est un film qui croit à ce qu’il montre, et c’est ce qui le sauve. Les scènes naïves, loin d’être un défaut, deviennent une forme de sincérité brute qui dégage une émotion simple et honnête. On plane un peu avec Andriy dans cet espace déshumanisé, on sourit beaucoup, et on finit ému sans trop savoir pourquoi. Le vide sidéral qui l’encercle rend cette bulle de vie d’autant plus éclatante. Elle reste toutefois perdue dans le vide.


AMANDINE: J’ai trouvé film japonais The Gesuidouz (Kenichi Ugana, 2024) (dont nous avons appris à prononcer le titre avant le début de la séance, petite touche sympathique pour se mettre dans l’ambiance) très chou, car c’est une véritable lettre d’amour de passionné·e·s adressée au cinéma de genre et à la musique rock. Cela se reflète principalement dans le personnage de la chanteuse du groupe éponyme et dans les paroles de ses chansons, qui sont d’ailleurs réussies et entraînantes (et disponibles sur Spotify). Et voir un groupe de punk travailler dans une ferme tout en tentant d’écrire un tube pour les sauver de la faillite, c’est plutôt cocasse… On a même un petit message feel-good à la fin, pour nous rappeler de profiter de la vie et vivre ses rêves. Un peu gnangnan, mais mignon !


MARVIN: Sans avoir trouvé le film génial, j’ai néanmoins décelé dans Par Amour d’Élise Otzenberger (Espagne/France, 2024) une véritable poésie. Si elle peine à transcender le propos du film, cette histoire de mère prête à tout pour soutenir son fils qui entend des voix est particulièrement touchante. Un long-métrage saupoudré de ce qu’il faut de fantastique pour élever son propos. Il y’aura au moins eu un film réussi avec Cécile de France, invitée d’honneur du festival, lors de cette édition du NIFFF 2025 (voir plus bas).



Votre coup de flip de cette édition ?


Dangerous Animals de Sean Byrne.
Dangerous Animals de Sean Byrne. © NIFFF

AMANDINE: Après le mème qui demandait aux femmes si elles préféreraient se retrouver seules dans les bois avec un homme ou un ours, Dangerous Animals de Sean Byrne (Australie, 2025) met quant à lui en comparaison l’homme et le requin, et se montre clair sur lequel des deux est le plus dangereux. On suit une surfeuse qui se fait enlever et garder captive sur un bateau par un tueur en série qui donne ses victimes en pâtée aux squales. L’ambiance est tendue tout du long et certains moments sont sanglants à souhait. Les personnages sont attachants (et malins, ce qui n’est pas monnaie courante dans ce genre de creature features), ce qui fait d’autant plus monter le stress. L’histoire n’est pas révolutionnaire, mais le film est très efficace et passe bien en cette saison estivale.


ALEXANDRE: Après le succès de « Under the Shadow » (Narcisse du Meilleur Film du NIFFF en 2016), Babak Anvari revient avec un dispositif minimal, Hallow Road (République tchèque/Irlande/Royaume-Uni, 2025) installe une tension redoutable, entièrement construite sur le hors-champ et la voix tremblante d’un téléphone. Un système redoutable qui tient en haleine (presque) jusqu’à l’arrivée. L’allure finit par se confondre avec l’attente, si bien que lorsque la résolution survient elle se heurte à une fatigue légère, mais installée ; celle d’un trajet qui a trop duré pour frapper juste.



Le NIFFF sait aussi faire rire. Quel moment aura été le plus drôle (volontairement ou non) lors de cette édition ?


MARVIN: Sans hésitation toute la première partie du génial A Useful Ghost de Ratchapoom Boonbunchachoke (Thaïlande/France/Singapour/Allemagne, 2025). Alors que March fait le deuil de sa femme récemment disparue, il découvre que son esprit a pris possession… de son aspirateur. Hilarant dans ce qu’il tente dans son premier tiers, le film surprend continuellement en mêlant la comédie pure au drame personnel et historique (la réminiscence des disparus de la guerre que le gouvernement veut faire disparaitre avec des séances d’électrochocs, concept d’une rare intensité !). Être émoustillé par une scène érotique avec un aspirateur, ému par l’intime du récit et galvanisé par la vengeance des disparus de l’Histoire. Que demander de plus?

A Useful Ghost de Ratchapoom Boonbunchachoke.

A Useful Ghost de Ratchapoom Boonbunchachoke. © NIFFF


AMANDINE: J’avais hésité à aller voir Touch Me d’Addison Heimann (USA, 2025) à la base, car il était vendu comme une comédie horrifique un peu WTF, et ce n’est pas forcément un genre qui fait toujours mouche chez moi. Je n’ai finalement pas regretté mon choix, car, bien que facilement oubliable, le film propose des moments absurdes qui m’ont bien fait rire. Je pense surtout à des séquences de danse mettant en scène Lou Taylor Pucci (interprétant ici un extra-terrestre dont le toucher soulage l’anxiété – on signerait pour moins que cela), un acteur que je n’ai pas l’habitude de voir dans ce registre mais qui m’a convaincue. Ce n’est pas l’humour le plus fin que vous verrez, mais ça passe. Et c’est produit par Justin Benson and Aaron Moorhead, que j’adore !


ALEXANDRE: Comment ne pas succomber au voyage de Saira, Lesbian space princess (de Leela Varghese et Emma Hough Hobbs, Australie, 2025) transgressant les limites de la gaylaxie pour porter secours à son extravertie ex toxique, prisonnière d’une bande d’incels aliens ? L’animation débarque comme un coup de talon dans la fourmilière cisnormée. Mais derrière l’avalanche de blagues et de lâcher-prises joyeux, le film tisse une trame réellement dense refusant toute facilité. Jusqu’à la dernière scène, on se demande si elle cédera à la tentation d’un happy end rassurant ou si elle restera fidèle à ses convictions, en poursuivant une déconstruction qui ne se satisfait pas du seul contre-courant.



Quel film, issu de votre Top 3 du festival, avez-vous envie de mettre en avant ?


AMANDINE: J’ai mis Alpha (Julia Ducournau, France/Belgique, 2025) en troisième place de mon top, car il m’a beaucoup touchée. Certes, il ne faut pas s’attendre à une œuvre comparable à ses précédentes. Il faut la prendre pour ce qu’elle est : un drame familial saupoudré de transformations corporelles, qui parle du SIDA (sans le nommer, même si c’est évident) et de l’addiction. J’ai trouvé l’évolution du personnage d’Alpha émouvante, la mise en miroir de son agressivité envers son oncle et du rejet qu’elle vit à l’école à cause de sa maladie potentielle… Et l’imagerie du marbre est aussi intéressante, le contraste entre la beauté que l’on associe habituellement aux statues et la froideur du matériau, qui reflète la crainte des autres envers les malades. J’y ai pensé encore longtemps après la séance.


JULIEN: Eddington d’Ari Aster (États-Unis, 2025). Entre complotisme, manifestations anti-racistes, sectes et violences d’extrême droite, les habitants de la petite ville d’Eddington sont traversés par de nombreux mouvements et discours contradictoires. Satire politique des États-Unis dont le débat public est parasité de toxicité et de violences verbales, Eddington dépeint à merveille les crises traversées par le géant américain et ses nombreuses paniques morales. Malgré certains aspects tendancieux questionnant la position personnelle du réalisateur, il n’en reste pas moins une œuvre passionnante jouant habilement avec les codes du western et du thriller. Après avoir exploré les traumatismes familiaux dans Hérédité, Midsommar et Beau is Afraid, Ari Aster propose ainsi une lecture sociale d’une époque marquée par les tensions de l’isolement individuel dans des bulles numériques.

Eddington d’Ari Aster.

Eddington d’Ari Aster. © NIFFF



ALEXANDRE: Au centre, une tour de glace, une héroïne affirmée. Autour, une présence troublée qui tente de comprendre comment on en vient à croire aux histoires. Le film avance lentement, par cercles, comme si chaque révolution redéfinissait la possibilité d’un rôle. Et le sort froid opère aussi longtemps que le regard reste sous tension. Jeanne, bien que spectatrice fascinée par ce conte inaccessible, n’ose entrer dans ce récit avant que ne se pose sur elle l’emprise de la Reine. Dans ce rouage glacé, rien ne dépasse. C’est un récit qui se refuse, une horlogerie de la distance, où l’attente devient le seul embrasement permis. La Tour de glace (France/Allemagne/Italie, 2025) a été récompensé par le Narcisse du Meilleur Film, faisant de Lucile Hadžihalilović la première réalisatrice à remporter deux fois la compétition internationale (Innocence, NIFFF 2005).



Et s’il fallait parler d’un film de votre Flop 3 ?


AMANDINE: The Thing with Feathers de Dylan Southern (Royaume-Uni, 2025) fait clairement partie de mon flop, et quelle déception ! Avec un titre qui fait référence à Emily Dickinson et un synopsis (une famille en deuil est hantée par un corbeau) qui rappelle mon poème préféré de tous les temps, The Raven d’Edgar Poe, je m’attendais à du lourd. Résultat : le film fait bel et bien preuve d’une sacrée lourdeur et de douloureux clichés. On dirait qu’il n’y a pas de scénario, les acteurs jouent mal (même Benedict Cumberbatch, qui n’était il faut dire pas aidé) et le réalisateur tente si désespérément de nous faire pleurer à chaudes larmes qu’on atteint la saturation. À la sortie de la salle, je n’avais qu’une chose à dire : « Jamais plus ! »


ALEXANDRE: « Fuck ». Et voilà la moitié des dialogues du film spoilée, et probablement la seule réaction légitime à l’apparition inexplicable –et inexpliquée– d’aliens dans son appartement. Rencontre du troisième type ou vilaine descente d’acide ? Difficile d’expliquer ce qui arrive à Jimmy et Stiggs (de Joe Begos, Etats-Unis, 2024) dans leur cauchemar suburbain. Tout autant vain de chercher la réelle prouesse de cette proposition : son ingéniosité folle entre néon, gonzo et grunge ou le fait d’avoir survécu à la projection ?


JULIEN: Je choisirais Que ma volonté soit faite de Julia Kowalski (France, 2025). Dans une ferme vendéenne, Nawojka découvre qu’elle est doutée de pouvoirs paranormaux hérités de sa mère. Le deuxième long-métrage de Julia Kowalski traite de nouveau de la sorcellerie, en voulant l’encrer dans un discours d’émancipation féminine d’un contexte campagnard conservateur. Discours pas véritablement novateur, maintes et maintes fois repris par le cinéma fantastique (Carrie, Grave), il n’est pas également servi par sa mise en scène ou par des choix narratifs qui débouchent rarement sur une conclusion (que disent ces regards échangés entre l’héroïne et sa voisine ? Attirance ou aspiration ?). Ce qui est sensé constituer une forme de tension et, ensuite, un climax émotionnel, se traduit par quelques convulsions du corps de Nawojka et quelques vitres brisées. Une petite déception et un ennui profond.


MARVIN: Film d’ouverture du festival et deuxième long-métrage avec Cécile de France, Dalloway de Yann Gozlan (France/Belgique, 2025) est un thriller paranoïaque qui s’attaque à la thématique de l’intelligence artificielle. Si les premières briques posées par le récit intriguent, ses ficelles, pourtant très grosses, ne permettent pas à l’édifice de tenir debout. Complotisme à deux sous, emberlificotage du scénario pour pas grand-chose,  ressorts narratifs faciles. Si le réalisateur avait réussi à convaincre dans le même genre avec Boîte noire, cette fois-ci il ferait pâlir le pire épisode de Black Mirror. Reste l’interprétation solide de Cécile de France et Mylène Farmer qui prête sa voix à l’IA.

Dalloway de Yann Gozlan.

Dalloway de Yann Gozlan. © NIFFF



Pour finir, Sirāt d’Olivier Laxe (Espagne, France), présenté à Cannes en mai dernier et lauréat du Prix du Jury, était la Palme d’or de notre rédaction. Le film était programmé dans la sélection Third Kind de ce NIFFF 2025. Quelle a été votre réception de cette oeuvre radicale qui a déjà beaucoup fait parler d’elle avant même son arrivée en salles (sortie prévue le 10 septembre prochain) ?


JULIEN: Rave, désert, crépuscule. À la manière d’un certain Mad Max : Fury Road, Sirāt transcende et dématérialise son scénario et son univers pour offrir une véritable expérience sensorielle. Un père et son fils sont à la recherche de leur fille en parcourant différentes raves organisées sur le plateau de l’Atlas. Une excuse scénaristique pour offrir un voyage au sein des montagnes marocaines, de nuit comme de jour, sous le soleil ardant ou une pluie dévastatrice. La grande force sur film d’Oliver Laxe est certainement le travail sonore réalisé par David Kangding Ray, auréolé par le Cannes Soundtrack Award. Alternant morceaux techno-transe, plans de raveur·euses dansant sous un soleil couchant et silence assourdissant des montagnes désertiques troublé par le vrombissement des camions, Sirat propose une expérimentation visuelle et sonore d'une rare intensité.


MARVIN: À Neuchâtel pour présenter le film (dans lequel il tient le rôle principal), Sergi López évoquait une oeuvre qui vous « taxidermise ». Difficile de faire mieux que ce néologisme pour qualifier le long-métrage d’Olivier Laxe. Stratégiquement placé en toute fin de mon programme neuchâtelois, Sirāt a su combler mes attentes pourtant très hautes et clore cette 24e édition de manière explosive. Une expérience visuelle et sonore monumentale qui se vit (en salles) plus qu’elle ne se décrit. Et qui aurait pu être la réponse aux questions concernant le coup de flip, le coup de coeur ou le film issu de notre top 3. La rencontre entre Le Salaire de la peur et Mad Max sur fond de rave party en plein désert. La déflagration cinématographique de l’année !

Sirāt d’Olivier Laxe.

Sirāt d’Olivier Laxe. © NIFFF


Article rédigé par

Marvin Ancian, Alexandre Ducommun, Amandine Gachnang et Julien Norberg

paru le 21 août 2025 dans le n°943 de Ciné-Feuilles.

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