NACHBARN (VOISINS)
- Marvin Ancian

- 26 avr. 2022
- 2 min de lecture

Réalisateur. Mano Khalil
Année de sortie. 2022
Genre. Drame
Origine. France
Durée. 124 minutes
Ma note. 16/20
Synopsis : Sero Hamo a six ans et préfère de loin faire des frasques avec ses camarades ou accompagner son oncle Aram jusqu’à la frontière turque voisine qu’aller à l’école. Seulement, cette rentrée marquera à jamais sa jeune vie par l’arrivée d’un instituteur violent qui vénère le régime répressif et antisémite de Hafez el-Assad. La mort suit de près la haine semée dans le cœur des enfants, alors que Sero et sa famille sont confrontés à un choix douloureux vis-à-vis de leurs voisins juifs. (source : Cineman)
Présenté aux 58es Journées de Soleure, le dernier long métrage du réalisateur kurdo-suisse Mano Khalil est empreint d’une apparente légèreté qui contraste avec la violence des événements qu’il relate. Une très belle œuvre qui fait résonner un triste écho avec la tragédie syrienne actuelle.
Mano Khalil est né en 1964 dans un petit village où un professeur l’a empêché de parler kurde lors de sa scolarité. Nul besoin d’en savoir plus sur le parcours du cinéaste pour déduire que Voisins est fortement inspiré de son enfance. Dès l’entame du film, nous découvrons Sero (Serhed Khalil) qui, du haut de ses 6 ans, commence sa première année d’école dans son village du Kurdistan, à proximité de la frontière turque. Si l’enfant s’adonne aux activités de son âge, il n’est pas dupe et, lorsqu’un nouveau professeur (Jalal Altawil) fraîchement débarqué l’oblige à parler arabe (langue qu’il ne connaît pas) et l’incite à haïr les juifs, Sero comprend que le monde qui l’entoure est en train de changer.

L'innocence face à la barbarie. © Frenetic Films
Innocence vacillante
Le film se situe au début des années 80, sous la dictature d’Assad. Alors que certains adultes rêvent de construire un avion pour quitter leur terre pourtant si chère, Sero songe lui aussi à s’évader via les dessins animés qu’il aimerait tant voir à la télévision. Mais pour cela, il faudrait déjà que le courant soit acheminé jusqu’au village. En attendant, les poteaux électriques servent d’urinoir et Sero, accompagné de son oncle Aram (Ismail Zagros), provoque les soldats turcs postés à la frontière en envoyant dans les airs des ballons aux couleurs du drapeau kurde. Les coups de feu qui les font éclater sont identiques à ceux qui amèneront le drame au sein de la famille. Ce drame que même des yeux d’enfants ne peuvent ignorer. L’innocence de Sero vacille.

Sero et son oncle Aram. © Frenetic Films
Malgré son sujet grave et ancré dans le réel, Voisins déroule son récit tout en mêlant l’humour à la satire. Esthétiquement magnifique, le film est constellé de symboles forts et représente la situation qu’il évoque à échelle humaine en nous immergeant dans le quotidien d’un village kurde. Et si le petit Sero finit par obtenir sa télé, les images qui en sortent ne sont pas celles qu’il imaginait. Néanmoins, les choses évoluent: le professeur quitte le village, le palmier - emblème du monde arabe - planté par l’enseignant ne passe pas l’hiver et le portrait du dictateur prend l’eau. L’espoir perdure.
Article paru le 27 avril 2022 dans le n°877 de Ciné-Feuilles.



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