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GIFF 2024


Le Geneva International Film Festival (GIFF) a célébré son trentième anniversaire du 1er au 10 novembre 2024. Fidèle à ses explorations des différentes formes audiovisuelles, l’événement aura — pour le seul membre de la rédaction de Ciné-Feuilles présent sur place — surtout été l’occasion de rattrapages d’œuvres présentées dans d’autres grands festivals européens. Mais aussi d’une rencontre hors du temps.

Affiche GIFF 2024.



Rattrapages de la croisette tout d’abord. Évoquée dans notre compte rendu cannois, la fatigue avait eu raison de notre ténacité à rester éveillé lors de la projection du film que certaines personnes considéraient comme le plus beau du festival. Un deuxième visionnage, les yeux grands ouverts cette fois-ci, de All We Imagine As Light (Payal Kapadia, France/Inde/Pays-Bas/Luxembourg/Italie, 2024) s’imposait donc. Un long-métrage qui aborde tout en douceur le quotidien de trois femmes confrontées à la violence de la société indienne. La réalisatrice de Toute une nuit sans savoir expose son trio à la frénésie de Mumbai avant, en fin de métrage, d’offrir une bouffée d’air frais à ses protagonistes, comme à son public. Sans éclat ou sensationnalisme, cette sororité intimiste et délicate, primée du Grand Prix à Cannes, est, pour sa première suisse, étonnamment repartie bredouille du festival genevois.


Autre film, autre trio féminin, autre rattrapage cannois. Dans Les femmes au balcon, l’actrice Noémie Merlant passe pour la deuxième fois derrière la caméra (après Mi iubita mon amour). Dans ce film mélangeant les genres, Élise (Noémie Merlant, également interprète), Ruby (Souheila Yacoub, tout en explosivité) et Nicole (Sanda Codreanu, dans une retenue mesurée) se retrouvent dans un appartement marseillais en pleine canicule. La rencontre avec un mystérieux voisin va entrainer les trois amies dans une histoire délirante, mais sordide. Hélas, une fois l’euphorie de sa première partie passée, le film radote et enchaine les va-et-vient peu utiles à l’avancée de son récit. Et pourtant, entre certaines scènes osées hilarantes et un propos de fond riche, Les Femmes au balcon, en s’inspirant de certaines expériences de sa réalisatrice, aurait pu être une grande réussite. Notons néanmoins que si le long-métrage donne l’impression de ne pas savoir sur quel pied danser, l’énergie sans limites qui s’en dégage est vivifiante.

All We Imagine As Light de Payal Kapadia. © GIFF


Dans un autre registre, mais non moins empli d’une folle liberté, Les Reines du drame (France/Belgique, 2024), premier long-métrage d’Alexis Langlois, a été projeté dans la section Pulsation et en collaboration avec le festival Everybody’s Perfect. Tout en flashback (narré par un youtubeur fantasque incarné par Bilal Hassani), le film retrace les destins croisés de Mimi Madamour (Louiza Aura), une pop star lauréate du télé-crochet Starlettes en herbes et Billie Kohler (Gio Ventura), une icône punk. Une histoire d’amour chaotique aux multiples références (de De Palma à des memes d’internet) qui joue dans la cour de la surenchère et fait exploser tous les clichés de genre. L’ensemble est tellement assumé et libérateur qu’on se laisse embarquer sans hésiter dans ce rise & fall kitsch, mais loin d’être bête. Continuellement sur un fil, à deux doigts de tomber dans le grotesque, une comédie musicale qui maintient son équilibre grâce à sa fougue.


Rattrapage du Festival de Cannes toujours, À son image (France, 2024) de Thierry de Peretti est l’adaptation du livre éponyme de Jérôme Ferrari. À travers le regard d’Antonia (Clara-Maria Laredo, superbe), une jeune photographe du journal Corse-Matin, le film brosse le portrait d’une génération en plein chamboulement politique des années 1980 à 1990. Les amis militants d’Antonia, dont Pascal (Louis Starace), celui dont elle s’est éprise, alterne entre des opérations coup de poing et des séjours en prison. Lorsque s’en est trop pour la jeune femme, elle s’en va couvrir le conflit en ex-Yougoslavie… pour mieux revenir au pays, changée à tout jamais. Le film prend alors une autre ampleur. Une espèce de Civil War réussi (l’action délirante en moins) qui atteste dignement du pouvoir de l’image. En mêlant l’intime aux événements politiques de l’île de beauté, À son image explore, à travers de nombreux plans fixes, l’évolution de ses personnages et narre les destins individuels et sociétaux tragiques. L’ensemble, sans jamais être indigeste, est passionnant.

À son image de Thierry de Peretti. © GIFF


Dernier long-métrage découvert, et non des moindres, The Brutalist (Brady Corbet, Royaume-Uni/États-Unis, 2024) était attendu, c’est le moins que l’on puisse dire. Dans la salle pleine à craquer du Grütli scrutée par deux gorilles équipés de lunettes nocturnes pour empêcher toute utilisation de téléphone portable intempestive, l’œuvre a su créer un réel engouement. De par sa durée de 3h50 (dont un entracte de 15 minutes inclus au film), mais aussi par sa récente récompensée du Lion d’argent du meilleur réalisateur à Venise. Et pour une fois, le jeu en valait la chandelle. Fresque monumentale retraçant le parcours de l’architecte juif László Toth à sa sortie d’un camp de concentration, le long-métrage envoie définitivement Megalopolis aux oubliettes. Une épopée sur près de trente ans, filmée en 70 mm et portée par un très grand Adrien Brody, qui se déroule sous nos yeux sans une once d’ennui, notamment grâce à une mise en scène et une photographie au cordeau. Des éléments contrastant avec un final brut de décoffrage et venant asséner le dernier uppercut d’une œuvre monstre.


Enfin, un mot sur le lauréat du Reflet d’Or récompensant le meilleur long-métrage de la Compétition internationale. Une Langue universelle (Matthew Rankin, Canada, 2024) se situe quelque part entre Roy Anderson et Kaurismäki, dans un petit village canadien où tout le monde parle farsi. Si le prix nous semble mérité, le film, découvert à Cannes, ne nous a cependant pas laissé un souvenir impérissable malgré son ambiance atypique et son bel hommage au cinéma iranien. L’occasion d’un (re)visionnage loin de la frénésie des festivals puisqu’il arrive sur nos écrans dès le mois de décembre.

The Brutalist de Brady Corbet.

The Brutalist de Brady Corbet. © GIFF



Article paru le 27 novembre 2024 dans le n°934 de Ciné-Feuilles.

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