THE POWER OF THE DOG
- Marvin Ancian

- 15 déc. 2021
- 3 min de lecture

Réalisatrice. Jane Campion
Année de sortie. 2021
Genre. Drame, Western
Origine. Nouvelle Zélande
Durée. 128 minutes
Ma note. 16/20
Synopsis : Originaires du Montana, les frères Phil et George Burbank sont diamétralement opposés. Autant Phil est raffiné, brillant et cruel – autant George est flegmatique, méticuleux et bienveillant. À eux deux, ils sont à la tête du plus gros ranch de la vallée du Montana. Une région, loin de la modernité galopante du XXème siècle, où les hommes assument toujours leur virilité et où l'on vénère la figure de Bronco Henry, le plus grand cow-boy que Phil ait jamais rencontré. Lorsque George épouse en secret Rose, une jeune veuve, Phil, ivre de colère, se met en tête d'anéantir celle-ci. Il cherche alors à atteindre Rose en se servant de son fils Peter, garçon sensible et efféminé, comme d'un pion dans sa stratégie sadique et sans merci…
(source : AlloCiné)
Douze ans après Bright Star, Jane Campion revient avec une adaptation d’un roman de Thomas Savage. Lauréate du Lion d’argent à la Mostra de Venise, la réalisatrice propose un western revisité aussi splendide sur la forme que fascinant sur le fond.
En 1925 au Montana, Phil (Benedict Cumberbatch) et George Burbank (Jesse Plemons) ont hérité du ranch de leurs parents, le plus grand de la vallée. Le premier des frères est taciturne et bourru tandis que le second est raffiné et sensible. Lors d’un repas au Red Mill, une auberge de la région, les deux vachers s’illustrent dans leurs contradictions. La cruauté de Phil éclate quand il ridiculise Peter (Kodi Smit-McPhee), un serveur qui ne répond pas aux stéréotypes de la masculinité. Sa mère, Rose Gordon (Kirsten Dunst), veuve et propriétaire des lieux, trouve du réconfort auprès de George, qui s’en amourache et l’épouse.

Phil et George Burbank. © Kirsty Griffin/Netflix
La vie au ranch
L’arrivée au ranch familial d’une femme qui monopolise l’attention de son frère n’est pas au goût de Phil qui va transformer la vie de Rose en enfer. N’ayant de respect que pour son défunt mentor Bronco Henry, il tourmente la nouvelle maîtresse de maison au point de la faire sombrer dans l’alcoolisme. Une scène illustre à merveille cette masculinité toxique: alors que Rose tente péniblement d’aligner des notes au piano, Phil l’humilie avec son banjo en reprenant aisément et de manière provocante la mélodie. Mélodie que Phil ne se gênera pas de siffler régulièrement pour signifier sa présence malsaine à Rose.
Lorsque Peter revient de ses études de médecine pour passer l’été avec sa mère, il la retrouve diminuée et déprimée. Petit à petit, le jeune garçon va s’acclimater à la vie au ranch, jusqu’à découvrir les secrets les plus enfouis de Phil. Dès lors, ce dernier va prendre Peter sous son aile, lui apprendre à monter à cheval et à se méfier de la fièvre charbonneuse, qui fait des ravages dans les troupeaux. Si ce virage dramaturgique, dans lequel la virilité de Phil vacille, peut sembler inattendu, il n’en est rien par rapport à l’épilogue des plus déroutants que le long métrage réserve. Les ultimes minutes du film offrent une tout autre lecture de la trame scénaristique, transformant le western tragique en thriller machiavélique…

Peter cache bien son jeu. © Kirsty Griffin/Netflix
Au-delà du scénario, les paysages à couper le souffle, la perfection du cadre et l’ambiance instaurée (notamment grâce à la musique de Jonny Greenwood, guitariste de Radiohead) subjuguent. À l’instar des formes qui se dessinent sur les montagnes, et que seuls Phil et Peter parviennent à discerner, le film de Jane Campion mérite qu’on s’y attarde pour déceler toute sa richesse. Malgré un léger ventre mou en milieu de récit, The Power Of The Dog est une œuvre qui ne cesse de grandir dans notre esprit après le premier visionnage… et, par conséquent, en nécessite de nombreux autres.

© Kirsty Griffin/Netflix
Article paru le 15 décembre 2021 dans le n°869 de Ciné-Feuilles.



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