MA FRÈRE
- Marvin Ancian

- 15 janv.
- 2 min de lecture

Réalisatrices.
Lise Akoka, Romane Gueret
Année de sortie. 2025
Genre. Comédie, Drame
Origine. France
Durée. 112 minutes
Ma note. 16/20
Synopsis : Shaï et Djeneba ont 20 ans et sont amies depuis l’enfance. Cet été-là, elles sont animatrices dans une colonie de vacances. Elles accompagnent dans la Drôme une bande d’enfants qui, comme elles, ont grandi entre les tours de la Place des Fêtes à Paris. À l’aube de l’âge adulte, elles devront faire des choix pour dessiner leur avenir et réinventer leur amitié. (source : AlloCiné)
En prolongeant leur websérie Tu préfères, les réalisatrices Lise Akoka et Romane Gueret signent un film lumineux et confirment, une nouvelle fois, leur immense capacité à parler de la jeunesse.
Shaï (Shirel Nataf) et Djeneba (Fanta Kebe) se connaissent depuis le plus jeune âge. À l’époque, elles se retrouvaient sur le toit de leur immeuble pour se confronter à des dilemmes osés : « Tu préfères avoir des grosses fesses ou des gros seins ? », « Tu préfères avoir un enfant handicapé ou pas d’enfant du tout ? ». Tels étaient les intitulés des épisodes de la série diffusée en 2020 (et toujours visible sur le site d’Arte). Cinq ans plus tard, les deux amies ont 20 ans et font leurs premiers pas dans la vie adulte. Le temps d’un été, elles deviennent animatrices dans une colonie de vacances, entourées de gamins qui, comme elles, ont grandi entre les tours de la cité de la Place des Fêtes à Paris.

Djeneba et Shaï, cinq ans plus tard. © Frenetic
Colo colorée
En immergeant toute sa troupe d’interprètes dans la Drome, le duo de réalisatrices livre une œuvre d’une grande justesse. Fortes de l’expérience de jeunesse de Lise Akoka et de plus de 150 heures de rushs tournés dans un contexte plus vrai que nature — toute l’équipe dormait sur place —, elles parviennent à apporter, selon leurs propres mots, une « richesse pluriel » au long-métrage. Pour nourrir cette authenticité, pas moins de 1 500 enfants ont été rencontrés lors d’un casting mené sur une année. Pour diriger ce petit monde, le même procédé que pour Les Pires, leur film précédent, a été employé : des oreillettes permettant de souffler les répliques aux interprètes. Le résultat est d’un naturel bluffant.
Mais Ma frère est loin d’être une simple réactualisation de Nos jours heureux (2006) de Toledano et Nakache, film culte de l’enfance des cinéastes. Le long-métrage aborde également des problématiques profondément ancrées dans notre époque — celles que l’on associe habituellement aux adultes —, mais vues ici par le prisme des jeunes. À travers leur gouaille, les sujets de société s’invitent sans jamais délaisser un certain détachement bienvenu. La visite d’un musée dédié à la Shoah ? Un échange intense entre une ancienne déportée et les jeunes. Le personnage non binaire de Naël qui interroge tant Shaï ? D’une évidence désarmante aussi bien fille que garçon pour cette nouvelle génération. Une échappée nocturne au nez et à la barbe des monos ? Une parenthèse de rires et d’émerveillement sous un ciel étoilé. Autant de moments qui dessinent le portrait d’une jeunesse aux multiples facettes, bien plus fine et sensible que les caricatures auxquelles elle est trop souvent réduite.

© Frenetic
Article paru le 15 janvier 2026 dans le n°948 de Ciné-Feuilles.



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