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LEOS CARAX, LE CINÉASTE QUI NE TOURNE PAS (AUTOUR DU POT)


Parmi les sélections foisonnantes du GIFF 2024 se cachait un court-métrage d’une quarantaine de minutes intitulé C’est pas moi. L’œuvre mystérieuse d’un réalisateur non moins énigmatique : Leos Carax. Présenté à Cannes Première, cette projection était l’occasion pour le festival genevois de programmer les derniers longs-métrages du cinéaste (les deux chefs-d’œuvre que sont Holy Motors, et Annette), mais surtout de l’accueillir pour une conférence. Quiconque s’étant déjà intéressé au personnage sait qu’un tel événement est unique, et donc incontournable.


La première interrogation concerne la teneur d’une telle rencontre. Quelles questions doivent être posées sur une filmographie aussi riche que rare ? Et quelles réponses le cinéaste peut-il donner, lui si introverti et discret ? À l’instar de C’est pas moi, l’expérience dut être déroutante pour les non initié. e. s. Dans l’ambiance feutrée du théâtre Pitoëff, Carax répond de manière hésitante, mais pragmatique, aux questions qui lui sont adressées, instituant une atmosphère poussive, presque tendue. Et assurant sans aucun doute quelques sueurs froides au modérateur qui a dû se demander dans quel bourbier il s’était fourré. Mais le léger malaise passe, et la conversation s’installe tant bien que mal. Le réalisateur de Mauvais Sang aborde son approche de la création. Lui qui imagine ses films sans fil conducteur, toujours issus du chaos, évoque ses insomnies desquelles jaillissent des idées mises en pratique au petit matin.


L’artiste reconnait ne pas écrire ses scénarios « assis derrière son bureau ». Sa méthode se rapprochant plus d’une composition musicale, née à partir d’un air, d’images. Dans « ce pays des gens qui ne savent rien faire » (celui des cinéastes), il faut bien s’entourer, dit-il. Pour ce qui est du casting, Carax le qualifie d’antinaturel. « L’idée est d’écrire pour quelqu’un. Si le choix est bon, le chemin se fait tout seul. »

C'est pas moi de Leos Carax.

C'est pas moi de Leos Carax. © GIFF


À la question du temps long entre ces films (plus de 7 ans en moyenne entre chaque long-métrage), il confirme : « Je suis surtout un cinéaste qui ne tourne pas ». Et déclenche les rires de la salle. Les raisons justifiant ce rythme ? Le manque d’argent, d’envie ou d’inspiration, voire la maladie… Des périodes qui permettent d’autres activités « voyager, lire, s’occuper de son chien. » Se donner l’espace nécessaire pour ne pas se tromper. Et de ne pas faire deux fois la même chose, acte redondant qui constitue l’un des pires cauchemars du cinéaste (littéralement, puisqu’il s’agit d’un rêve traumatique qu’il a déjà fait).


GIFF oblige, le sujet des nouvelles technologies est abordé. S’il dit s’initier aux intelligences artificielles et reconnait être curieux, Carax n’hésite pas à en évoquer les limites par une répartie qui se veut incisive : « Le choix entre la connerie naturelle et les IA, ça ouvre des horizons… » Pour ce qui est des réseaux sociaux, il admet ne pas trop les connaître. Tout en précisant qu’étant plus souvent un outil de collaboration que de résistance, il ne les utilise pas.


Après avoir imposé une pause cigarette qui résonne plus comme la nécessité d’une bouffée d’air frais loin des yeux qui le fixent qu’un réel besoin de nicotine, la conférence touche à sa fin après quelques mains levées d’un public encore partiellement dérouté. En guise d’écho à l’interrogation du musée Pompidou « Où en êtes-vous, Leos Carax ? » qui était à l’origine du projet de C’est pas moi, les derniers échanges abordent le futur. « Où allez-vous, Leos Carax ? » Après un temps de réponse suspendu, la réponse du cinéaste et père de famille est encore laconique et pleine de discrétion. « Aucune idée… Avec un enfant, on s’en fout un peu plus. La question est plutôt de savoir où nous allons… »

C'est pas moi de Leos Carax.

C'est pas moi de Leos Carax.


Article paru le 27 novembre 2024 dans le n°934 de Ciné-Feuilles.

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