JE SUIS TOUJOURS LÀ
- Marvin Ancian

- 16 janv. 2025
- 3 min de lecture

Réalisateur. Walter Salles
Année de sortie. 2025
Genre. Drame
Origine. Brésil, France
Durée. 136 minutes
Ma note. 15/20
Synopsis : Rio, 1971, sous la dictature militaire. La grande maison des Paiva, près de la plage, est un havre de vie, de paroles partagées, de jeux, de rencontres. Jusqu’au jour où des hommes du régime viennent arrêter Rubens, le père de famille, qui disparait sans laisser de traces. Sa femme Eunice et ses cinq enfants mèneront alors un combat acharné pour la recherche de la vérité... (source : AlloCiné)
Le réalisateur de Central do Brasil et de Une famille brésilienne retourne dans son pays natal pour adapter le livre Ainda Estou Aqui de Marcelo Rubens Paiva qui narre la disparition de son père sous la dictature militaire des années 70. Un récit fort et très bien traité.
Il aura fallu 12 ans à Walter Salles pour revenir de son périple asphalté à la poursuite de la Beat generation (Sur la route, tiré du roman éponyme de Jack Kerouac). Avant cela, le cinéaste, né à Rio de Janeiro et héritier d’une grande famille brésilienne, s’est autant intéressé à des histoires ancrées en Amérique du Sud (Carnets de voyage en 2003) qu’à la réalisation de remakes américains (Dark Water en 2005). Avec Je suis toujours là, il se penche sur le destin tragique d’une famille qu’il a personnellement connu et signe un retour éclatant dans son pays d’origine.
C’est sous un soleil de plomb inondant une plage peuplée de jeunes corps pleins d’énergie que s’ouvre le film. Une image d’Épinal du Brésil, heureuse et festive. Dans ce cadre, Eunice (Fernanda Torres/Fernanda Montenegro) et son mari Rubens (Selton Mollo) forment, avec leurs cinq enfants, une famille aisée et aimante. L’ambiance est joviale, la musique omniprésente. On en oublierait presque les chars qui parcourent la ville et les hélicoptères qui sillonnent le ciel, symboles de la dictature qui régit le pays. Si le long-métrage persiste dans sa première demi-heure à mettre en image l’innocence du foyer, ce n’est que pour mieux préfigurer le drame qui se dessine. Un contrôle militaire fait vaciller l’insouciance de Veroca (Valentina Herszaje/Maria Manoella), l’ainée de la famille ; un ambassadeur suisse est enlevé dans le but d’obtenir la libération de prisonniers politiques. L’ambiance se tend, devient anxiogène.
Puis le film bascule. Rubens, ancien député du parti travailliste, est arrêté à son domicile par des hommes du régime. Le point de vue embrasse celui d’Eunice qui, après un passage par la case prison accompagnée de sa cadette (laissant imaginer les sévices que subit son mari), fera tout son possible pour faire éclater la vérité et l’injustice de l’arrestation. Où se situe Rubens ? Est-il seulement encore en vie ? Des questions qui confronteront la mère de famille à un mur, mais confirmeront sa bravoure et son courage.

Le récit se fait par le regard d’Eunice. © DCM
Ombres et lumières
De son côté, la réalisation jusque-là vive et lumineuse use de plans fixes coincés dans la pénombre. Le temps s’étire. Mais plutôt que d’offrir une expérience choc relatant les atrocités du régime, le film s’attarde sur les conséquences de la disparition de Rubens. Et laisse parler le hors champ. À l’écran, il se concentre sur le parcours de la combattante d’Eunice, luttant contre les injustices, et pour sa famille.
Empreint d’un certain classicisme, le long-métrage brille essentiellement par la teneur de son récit et son brio à le narrer. L’utilisation d’une caméra super 8 par Veroca illustre tout d’abord les moments heureux (quand les images servent de support visuel aux lettres envoyées par la jeune femme alors en Angleterre), puis la tristesse (lors d’une ellipse particulièrement émouvante).
Initié en 2017, puis paralysé pendant quatre ans entre 2019 et 2023, par le gouvernement Bolsonaro, Je suis toujours là témoigne d’une situation du passé révolue. Mais, comme le mentionne son réalisateur, il est surtout « un film sur les dangers des nouvelles formes d’autoritarisme qui rongent le Brésil ». Et c’est peut-être où réside toute sa force.

Sourires de façade. © DCM
Article paru le 16 janvier 2025 dans le n°936 de Ciné-Feuilles.



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