GHOSTLIGHT
- Marvin Ancian

- 15 mai 2025
- 3 min de lecture

Réalisateur.rice.s.
Kelly O’Sullivan, Alex Thompson
Année de sortie. 2024
Genre. Comédie dramatique
Origine. États-Unis
Durée. 115 minutes
Ma note. 13/20
Synopsis : Dan travaille sur des chantiers de voirie à Chicago et ses environs. Un peu par hasard, et à l’insu de sa famille, il intègre une troupe de théâtre amateur qui met en scène Roméo et Juliette. Peu à peu, la tragédie qui se monte sur scène commence à lui renvoyer le reflet de sa propre vie. (source : AlloCiné)
Le terme ghost light (littéralement « lumière fantôme ») désigne les veilleuses qui restent allumées au centre des scènes de théâtre pendant la nuit. Porteuses d’une symbolique superstitieuse — elles apaiseraient les esprits pour empêcher qu’ils ne sabotent les représentations —, ces lumières ont avant tout une fonction bien concrète : permettre à la première personne qui entre dans le théâtre plongé dans l’obscurité d’éviter de tomber de la scène. C’est aussi le titre du film réalisé par Kelly O’Sullivan et Alex Thompson.
Le rideau s’ouvre. Dan (Keith Kupferer) quitte le foyer au petit matin pendant que sa femme Sharon (Tara Mallen) dort encore. Sans entrain, il rejoint le chantier qui lui sert de lieu de travail. À peine le temps de s’énerver contre un automobiliste trop pressé et d’avaler un maigre sandwich que sa journée est interrompue. Un coup de fil l’oblige à se rendre dans l’établissement scolaire de sa fille Daisy (Katherine Mallen Kupferer). L’adolescente est menacée de renvoi après un comportement excessif envers une enseignante. Le décor est planté, et il ne brille pas par son originalité.
Mais derrière cette apparente banalité se cache un drame plus profond, enfoui dans le passé. Alors que la famille s’apprête à faire une déposition pour une raison encore obscure, Dan croise la route de Rita (Dolly De Leon) qui l’entraine malgré lui dans une troupe de théâtre amateur. Il y trouve un espace pour « devenir quelqu’un d’autre pour un instant ». Pourtant, la pièce en préparation — Roméo et Juliette — ravive en lui les blessures qu’il tente de fuir. Le film alterne alors entre les répétitions qu’il cache aux siens et la vie de famille. Jusqu’à ce que cette dernière découvre le secret de Dan, y prenne part et s’en serve comme rédemption.
Des répétitions à la représentation. © Sister Distribution
Une histoire de famille
Le choix de confier les rôles principaux à une véritable famille (les acteurs sont parents et enfants à la ville) renforce l’authenticité du lien qui les unit à l’écran. Le duo de cinéastes (également couple dans le privé) mise sur l’intimité plutôt que sur des noms connus. Et ça fonctionne. Malgré un léger surjeu du personnage de Daisy, l’ensemble sonne juste. Plus le drame se précise, plus le film resserre son propos autour de cette douleur silencieuse. Il offre alors sa partie la plus intéressante lorsque théâtre et vécu se confondent. Les vingt dernières minutes, où la pièce est jouée, concluent le long-métrage tout en joliesse, sans sombrer dans le pathos.
Ghostlight dresse le portrait d’une famille en deuil qui, grâce à l’art, parvient peu à peu à se reconstruire. Mais le film explore aussi, en filigrane, la figure d’un homme « de la vieille école » incapable de manifester ses émotions autrement que par une colère sourde. Un homme persuadé que c’est tout ce qu’il lui reste. Comme le résume la réalisatrice : « il s’agissait d’intégrer quelque chose de la masculinité toxique sans jamais en parler, juste en montrant la façon dont cela peut porter préjudice aux hommes et à leur entourage, de ne pas pouvoir exprimer ses sentiments. » Sans parvenir à nous emporter totalement par son récit souvent trop balisé, c’est peut-être là que Ghostlight touche le plus juste.

En couple à la ville et à l’écran. © Sister Distribution
Article paru le 15 mai 2025 dans le n°940 de Ciné-Feuilles.






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