FAMILIAR TOUCH (À FEU DOUX)
- Marvin Ancian

- 13 nov. 2025
- 2 min de lecture

Réalisatrice. Sarah Friedland
Année de sortie. 2024
Genre. Drame
Origine. États-Unis
Durée. 90 minutes
Ma note. 15/20
Synopsis : Élégante octogénaire, Ruth Goldman reçoit un homme à déjeuner. Alors qu’elle pense poursuivre le rendez-vous galant vers une destination surprise, elle est menée à une résidence médicalisée. Portée par un appétit de vivre insatiable et malgré sa mémoire capricieuse, Ruth s’y réapproprie son âge et ses désirs. (source : AlloCiné)
Sarah Friedland réalise un premier long-métrage — triplement primé à la Mostra de Venise l’année dernière — qui aborde avec sensibilité et finesse la vieillesse et la perte de mémoire qui peut l’accompagner.
Dès les premières minutes, une grande sérénité s’installe. Des plans fixes baignés par la lumière du soleil dans le calme d’une cuisine où Ruth, élégante octogénaire, prépare minutieusement un déjeuner pour deux. Lorsque son invité arrive, le doute plane : est-ce un proche, un amant, une première rencontre ? Les allusions de Ruth se heurtent à la gêne de l’homme. Le repas à peine entamé, Steve — puisque c’est le nom du convive — y met fin et conduit Ruth vers une destination inconnue. Mais la surprise est de courte durée, il s’agit d’une résidence médicalisée où l’homme dépose sa mère, sujette à une démence occasionnant des pertes de mémoire.
Une fois le lien entre les personnages clarifié, le récit se recentre sur Ruth et son adaptation à ce nouvel environnement. Et c’est là que le film déploie toute sa force. En adoptant le point de vue de Ruth, Friedland parvient à évoquer son passé sans recourir à la facilité du flashback. On pense à The Father de Florian Zeller, mais avec un supplément de finesse et d’humanité. Sans pathos ni moquerie, Familiar Touch oscille entre humour discret et moments d’émotion pure. En attestent ces scènes où Ruth, en tant qu’ancienne cuisinière, prend le réfectoire pour son lieu de travail, ou lors une séance d’exercices aquatiques se transforme en un retour à l’enfance à la fois simple et bouleversant.

Immersion émancipatrice, qui fait remonter le passé de Ruth à la surface. @ Arizona Films
Coming of (third) age
Inspirée par sa propre expérience (une grand-mère atteinte de démence et une activité d’aidante auprès d’artistes perdant la mémoire), Sarah Friedland livre une œuvre proche du documentaire. En intégrant à son récit les résidents de la maison spécialisée où s’est déroulé le tournage, elle renforce encore l’ancrage dans le réel tout en étant cohérente avec son message. Le résultat : une représentation lumineuse de la vieillesse et de la maladie, sans pour autant édulcorer le drame qu’elles recèlent.
Enfin, Kathleen Chalfant, dans le rôle de Ruth, propose une interprétation d’une immense justesse. Elle incarne une femme aux souvenirs vacillants, mais animée d’un puissant désir de se réapproprier sa vie. Ainsi, par son approche subtile, Friedland détourne les codes du récit d’apprentissage pour établir un parallèle inattendu entre l’adolescence et le grand âge. Et, ce faisant, elle redonne toute sa dignité à une génération trop souvent reléguée dans l’ombre.

La bourse ou la vie. @ Arizona Films
Article paru le 13 novembre 2025 dans le n°946 de Ciné-Feuilles.



Commentaires