ARMAND (LA CONVOCATION)
- Marvin Ancian

- 13 mars 2025
- 2 min de lecture

Réalisateur. Halfdan Ullmann Tøndel
Année de sortie. 2024
Genre. Drame, Thriller
Origine.
Norvège, Suède, Allemagne, Pays-Bas
Durée. 117 minutes
Ma note. 14/20
Synopsis : Lorsqu'un incident se produit à l'école, les parents des jeunes Armand et Jon sont convoqués par la direction. Mais tout le monde a du mal à expliquer ce qu'il s’est réellement passé. Les récits des enfants s’opposent, les points de vue s’affrontent, jusqu’à faire trembler les certitudes des adultes…
(source : AlloCiné)
Premier long-métrage du réalisateur norvégien Halfdan Ullmann Tøndel, petit fils d’Ingmar Bergman, Armand (ou La Convocation) enferme ses personnages dans un établissement scolaire oppressant, où tensions et non-dits s’accumulent.
Sur une route de campagne, une voiture file à vive allure. Au volant, Elisabeth (Renate Reinsve) se rend à l’école de son fils, Armand, où elle est convoquée sans explication. Sur place, elle découvre le motif : Armand, du haut de ses 6 ans, est accusé d’avoir agressé, potentiellement sexuellement, son camarade Jon. Face à elle, les représentants de l’établissement et les parents de la présumée victime. Armand est-il coupable ? La notoriété d’actrice d’Elisabeth influence-t-elle le jugement des autres ? Quelle est la véritable nature des relations entre ces parents qui semblent se connaître au-delà de cette affaire ? Autant de questions auxquelles le film ne répond jamais de manière frontale, mais qui le parcourent en filigrane.

Les regards sont braqués sur Elisabeth. © Frenetic Films
L'école de l'avis
En grande intelligence, plutôt que d’opter pour des révélations tonitruantes, le long-métrage adopte une approche plus insidieuse en disséminant les éléments qui permettent de tisser les liens entre ses personnages. Moins un récit sur le harcèlement scolaire qu’une plongée dans les traumatismes enfouis des parents, chaque regard, chaque geste en dit long sur les relations troubles qui unissent ces adultes. Absents de l’écran, les enfants ne sont quant à eux qu’un prétexte pour ausculter la psychologie des parents.
On pense inévitablement à Carnage de Roman Polanski, qui dissèque avec acidité les hypocrisies parentales. Tourné dans l’ordre chronologique, Armand donne une impression de vérité qui renforce l’immersion. Après une première heure parfaitement maitrisée, le film bascule progressivement vers des envolées quasi fantastiques : des scènes de danse surréelles, un nez qui saigne trop abondamment, un rire nerveux qui résonne interminablement dans la salle de classe. Des ruptures qui instaurent une bizarrerie fascinante, mais troublent notre suspension d’incrédulité et fragilisent la cohésion du récit.

De retour sur les bancs de l’école. © Frenetic Films
Enfin, impossible de ne pas saluer la prestation remarquable de Renate Reinsve (révélée dans Julie (en 12 chapitres)) et le travail minutieux sur le son, qui amplifie l’atmosphère oppressante du métrage. Présenté à Un Certain Regard et auréolé de la Caméra d’Or au dernier Festival de Cannes (prix récompensant le meilleur premier film sélectionné en Compétition), ce premier long-métrage est, malgré quelques bémols, une franche réussite qui pousse à suivre de près les projets à venir de de son auteur.
Article paru le 13 mars 2025 dans le n°938 de Ciné-Feuilles.



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